La Dette: les ´Tirailleurs sénégalais' pendant la Première Guerre mondiale ou le destin de ceux qui viennent d’ailleurs

 

Maryse Bray, University of Westminster, 309 Regent Street, London W1B 2UW, UK. braym@wmin.ac.uk

Agnès Calatayud, Birkbeck College, 43 Gordon Square, London WC1H, UK. a.calatayud@bbk.ac.uk

 

'Construire un monde solidaire, fondé sur la paix, la justice et l’entraide, c’est la meilleure façon de payer sa dette.' (Yamgnane, 2002:36) 1

 

I. Les Tirailleurs sénégalais : un sujet rarement évoqué à la télévision française

Arte, chaîne hertzienne à vocation culturelle, a récemment programmé de nombreuses émissions — films et documentaires — qui remettent en question l’histoire officielle de la République.2 Parmi celles-ci, La Dette (Fabrice Cazeneuve, 2000), téléfilm avec André Dussolier et Damien Dorsaz dans les rôles principaux, fait allusion, sur le mode de la fiction, à un épisode dramatique de la Première Guerre mondiale, généralement éludé de l’histoire officielle et par conséquent de la conscience nationale, à savoir le rôle joué par les Tirailleurs sénégalais, ces 'oubliés de l’Histoire',3 lors de l’offensive du Chemin des Dames, le 16 avril 1917.

Ce film, qui se déroule en 1977 (la date est significative), met en scène Marc (Damien Dorsaz), jeune élève de l’ENA à son arrivée en stage à la préfecture de l’Aisne, département du Nord de la France. Le préfet (André Dussolier) le charge de la 60ème cérémonie commémorative du Chemin des Dames, à laquelle la présence exceptionnelle de ministres allemands et français requiert la plus parfaite organisation protocolaire. C’est sans compter sur l’arrivée inopinée d’un vieil Africain, Léopold Abdou Diallo (James Campbell), bardé de décorations militaires: il est venu 'voir la République' et représenter les siens, et non chercher une compensation financière quelconque, contrairement à ce que lui reprochent les divers représentants de la République, qui vont tout mettre en oeuvre pour l’exclure de la cérémonie. Dans le film, le chef de cabinet du ministre souligne avec véhémence qu’il ne veut: 'pas de sanglots africains sur l’ingratitude de la France, pas de guet-apens sentimental… je veux de l’Européen pur, du franco-allemand, je veux de la réconciliation, du familial après la brouille, pas une foire pluriethnique, pas une exposition coloniale.'

Le téléfilm, construit sur le mode du suspense, transmet un grand nombre de messages que le jeune stagiaire, aux prises avec le premier dilemme moral de sa carrière, et les téléspectateurs, vont découvrir ensemble.

II. L’épisode sanglant du Chemin des Dames

Le Chemin des Dames, route de crêtes d’une vingtaine de kilomètres de long au milieu des plaines du Nord entre les rivières Aisne et Ailette, baptisée ainsi en l’honneur de Victoire et Adelaïde, filles du roi Louis XV, est associé aujourd’hui au 'plus grand désastre de l’histoire de la Grande Guerre' (Miquel, 1997:7). En effet, jusqu’en 1917, le front est stable. Le général Nivelle, à qui les pouvoirs politiques viennent de confier le commandement-en-chef des armées en remplacement de Joffre, tente le 16 avril une percée au Chemin des Dames, transformé en forteresse par les troupes allemandes. L’assaut se solde par un échec cuisant. Les pertes en hommes sont très lourdes : pour l’offensive complète, '147 000 hommes en quinze jours, dont 40 000 tués'. 4 Les historiens s’accordent à penser que ces soldats français furent littéralement (et inutilement) sacrifiés par leurs généraux. Pierre Miquel, par exemple, se demande 'comment [les Français] pouvaient-ils espérer l’emporter ?' car 'ils ne disposaient au total que de 44 batteries contre 143 aux Allemands' (Miquel, 1997:32). De plus, les Allemands étaient maîtres du ciel, ils étaient protégés de l’artillerie française dans des abris bétonnés ou dans les cavernes naturelles du plateau de Craonne et… avaient vraisemblablement été informés de l’attaque! 5 Au-delà des objections techniques cependant, le jugement des observateurs sur cette hécatombe porte également sur l’utilisation controversée des soldats indigènes appartenant à l’Armée coloniale,6 souvent incorporés de force dans toute l’Afrique occidentale française sous le nom de Tirailleurs sénégalais et qui furent placés en première ligne au Chemin des Dames pour épargner dans la mesure du possible du 'sang français'. Résultat : 'sur les 10 000 [Tirailleurs sénégalais] engagés [ce jour-là], 6 300 tombent presque aussitôt.'7 Au total, les sources font état de 7 500 à 8 000 Sénégalais tués, disparus ou blessés, lors des combats du Chemin des Dames. C’est cet épisode particulièrement meurtrier qui provoquera les mutineries que l’on sait au sein de l’armée à la suite desquelles le général Nivelle sera rapidement destitué pour être remplacé par Pétain. Malgré l’étendue du désastre et l’incompétence avérée des généraux en charge, aucune autre sanction ne sera prise. En définitive, comme le conclut l’historien Pierre Miquel: 'dans le haut commandement, l’affaire du Chemin des Dames ne devait pas laisser de traces' 8 (Miquel, 1997:254).

III. La mémoire officielle ou le mensonge par omission

Elle en laissa néanmoins sur le terrain sous forme de monuments aux morts, de vestiges de villages détruits (Craonne) ou de cimetières militaires (Cerny-en-Laonnois) soigneusement entretenus par les pouvoirs publics, dans lesquels on cherche toutefois en vain une quelconque référence aux Tirailleurs sénégalais.9 En effet, en dépit des lourdes pertes dans leurs rangs, du courage dont ils ont fait preuve, la République s’empressa de les occulter de la mémoire nationale. Nous apprenons d’ailleurs, au cours du film, qu’ils n’ont même pas eu droit à une sépulture aux côtés de leurs frères d’armes métropolitains. Pourtant, ces 'souvenirs noirs',10 refoulés par la mémoire officielle, mais encore douloureusement présents dans la mémoire des hommes qui ont vécu la guerre ou qui ont grandi dans son ombre, ne demandaient qu’à refaire surface.

Il a fallu néanmoins attendre l’an 2000, pour qu’un auteur de la trempe d’Erik Orsenna, membre de l’Académie française, prix Goncourt 1988 pour L’Exposition coloniale, fin connaisseur de la chose politique — il fut notamment chargé, dans les années 1990, par Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, des relations entre l’Europe du Sud et le Maghreb, ainsi que de la démocratisation en Afrique — signe un scénario qui permette de leur redonner vie, sans puiser dans l’imagerie pittoresque des troupes africaines (véhiculée par les stéréotypes que l’on connaît, entre autres le parler 'petit nègre' ou le visage hilare du tirailleur dans la publicité pour le chocolat Banania). Ce fut pour l’Académicien un véritable parcours du combattant : il dut en effet 'batailler des années' avec l’aide de sa productrice pour 'faire contre vents et marées militaires et autres, que la télévision française admette de traiter ce sujet hautement sensible.' Selon lui, 'la France n’aime pas reconnaître ses torts'.11 Orsenna a par ailleurs qualifié l’offensive du Chemin des Dames de 'sommet de la bêtise' et de 'capitale de la douleur.' (Yamgnane, 2002:31).

La Dette, que cinq millions de téléspectateurs ont regardé, représente donc un événement culturel important de par son contenu didactique. Un voile est levé sur une partie de l’histoire que la majorité des Français ignore, non par manque d’éducation mais parce que la République le leur a caché. En effet, Marc a beau sortir de l’ENA, ce temple républicain de la connaissance, sa seule ‘mémoire’ de l’Aisne, ce sont les statistiques officielles apprises par coeur sur le département dans lequel il a été nommé, et le nom des généraux français de la Première guerre mondiale. Par contre, il ne sait rien du rôle des Tirailleurs sénégalais.12

IV. Résurgence de la mémoire populaire

Conscient de son ignorance, la présence de l’Africain à Laon éveille l’intérêt de Marc mais sa recherche d’informations est laborieuse car, nous l’avons mentionné plus haut, la République a volontairement exclu les Tirailleurs sénégalais de la mémoire historique officielle, comme le symbolise dans le film, la tentative d’empêcher l’Africain d’assister aux cérémonies. En lui confiant sa mission, le Préfet lui avait lancé malicieusement : 'rien de tel qu’une commémoration pour former un jeune fonctionnaire français.' Il ne croyait pas si bien dire ! Au fur et à mesure de ses rencontres et de ses déplacements, Marc apprend à déchiffrer le paysage qui l’entoure et les enjeux de cette commémoration. Comme dans un voyage à rebours, le 'charmant plateau' du Chemin des Dames recouvert des premières fleurs du printemps, redevient, sous le poids des témoignages, ce qu’il n’a jamais cessé d’être : 'un lieu-aimant pour attirer le malheur', selon les mots du Préfet.

Ce n’est que par l’intermédiaire de la mémoire du peuple - le médecin qui a grandi parmi les obus jonchant les terres à sucre, et le gardien de la nécropole nationale de Cerny-en-Laonnois13 - qu’il parvient à comprendre l’horreur qui a si durement frappé les Tirailleurs sénégalais et l’importance de leur contribution à l’effort de guerre. C’est notamment lors d’un déplacement en voiture en compagnie du Docteur Vollon qu’il comprend l’ampleur de la tragédie au fur et à mesure que celui-ci se souvient :

Vous sentez ? Et vous entendez ? Moi depuis que je suis né j’entends le canon, des cris… Ça résonne dans ma tête… Qu’est-ce que vous voulez, j’ai commencé à marcher, à courir sur les cadavres… Vous sentez ? Toujours pas ? Vous avez de la chance de ne pas sentir. La nuit pue la mort. Elle est plus glaciale qu’ailleurs, plus tenace. On ne s’y habitue jamais. Jamais ! (…) Durant la Grande Guerre, pour parler des questions les plus importantes de la guerre, les députés et les sénateurs se sont réunis douze fois toutes portes closes. A propos du Chemin des Dames, Diagne, le député noir du Sénégal a pris la parole : ‘ Un Colonel m’a écrit qu’au matin du 16 avril, il neigeait. Ces hommes, des Noirs, étaient incapables de mettre bayonnette au canon, à cause du froid. Incapables de se servir de leurs grenades. Ils portaient leurs fusils sous le bras, en parapluie. En quelques minutes les deux tiers étaient morts. Ceux qui restaient sont quand même arrivés jusqu’à la troisième ligne allemande. Et c’est alors, au milieu de la nuit, qu’ils ont reçu sur la tête les obus français, oui, français. Notre artillerie ne croyait pas qu’ils avaient autant progressé.’ (…) C’est le Général Mangin qui a eu cette bonne idée : des Noirs, toujours plus de Noirs pour les premières lignes. Quand il a su que le député Diagne allait intervenir, Mangin lui a envoyé un adjoint pour le menacer. Et l’adjoint n’a pas eu un mot de regret pour la boucherie, pas un. Il a simplement dit : ‘Le marronnier n’a pas fleuri, c’est là notre seule faute.

Hors de toute organisation officielle, le médecin et le gardien du cimetière entretiennent activement la mémoire des Tirailleurs sénégalais à l’insu des autorités qui, elles, la rejettent catégoriquement. Ils invitent Marc dans leur musée personnel où sont rassemblés des objets hétéroclites : affiches jaunies, tenue de campagne à tresse jonquille avec masque anti-gaz, et divers effets personnels ayant appartenu aux Tirailleurs, probablement retrouvés sur les champs de bataille.

De façon hautement symbolique, la visite s’effectue la nuit, clandestinement. Dans la pénombre, les objets exposés sont entraperçus comme pour mieux souligner l’oubli qui les ronge. De plus, ce petit musée est isolé dans la campagne de l’Aisne, fermé à double tour par les gardiens de la mémoire populaire, et se trouve à deux pas du cimetière militaire où reposent les corps de combattants français et allemands, mais où aucun tirailleur n’a de tombe. Marc s’enquèrera d’ailleurs sur cette absence de sépulture auprès d’un militaire qui lui sert de guide. Ce militaire qui, alors qu’il était seul avec Marc, lui avait confié que  'personne ne [pouvait] comprendre [le Chemin des Dames, et qu’il lui] montrerait des lettres [évoquant] le froid, la boue, la mort… ' si cela l’intéressait, et avait évoqué l’offensive en ces termes : 'On avait gentiment confié [aux tirailleurs] le secteur pour l’assaut, le plus dur, la vallée Foulon, un vrai nid de mitrailleuses. 30 000 morts dont 8000 Noirs ont disparu', lorsqu’il sera en présence d’un de ses collègues, esquivera la question des sépultures manquantes et conseillera à Marc de ne pas essayer d’entrer en contact avec l’Africain qui hante les rues de Laon.

V. Un fantôme du passé demande à reprendre sa place dans le cours de l’Histoire

Pourtant Marc et Diallo sont déjà irréversiblement liés l’un à l’autre. Ils sont descendus du même train en provenance de Paris et leurs chemins ne cessent de se croiser dans la ville. Quand il l’aperçoit sur le quai de la gare, Marc se retourne vers lui, 'intrigué' par ce vieil Africain vêtu d’un boubou bleu et d’une chéchia rouge. Il faut noter que si ce sont là les couleurs de l’uniforme des tirailleurs, ce sont aussi celles de l’Etat français. Mais symboliquement, le blanc du drapeau a été ici remplacé par le noir de l’écharpe que Diallo porte ostensiblement autour du cou.

En voix off, au tout début du film, Marc se souvient de la première rencontre avec celui qui allait 'tant s’installer dans [s]a vie', où il avait eu l’impression étrange que Diallo 'n’était pas descendu [du] train mais venu à pied de Paris ou de bien plus loin.' Si le jeune stagiaire est désorienté, comme le remarque Diallo sur ce quai de gare, c’est qu’il ressent alors, confusément, au plus profond de lui, une empathie envers l’Africain. En effet, tous deux se retrouvent dans un entre-deux culturel et social : Diallo doit reconquérir sa place dans l’histoire de France, dont il a été injustement dépossédé. De même Marc, issu d’un milieu étranger aux ors de la République, est-il conscient des efforts qu’il aura à fournir pour s’intégrer dans son milieu social d’adoption. Cette sensation inattendue, similaire à bien des égards à la cristallisation amoureuse chez Stendhal, l’encouragera à revenir sur l’histoire officielle, et finalement à entamer le travail de mémoire nécessaire à la compréhension du présent. Il comblera ainsi ces 'lacunes laissées en nous par les secrets des autres' (Abraham, 1987:426), selon l’expression des psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok dans L’Écorce et le noyau, c’est-à-dire, dans le film, la mémoire blessée et 'empêchée' (Ricoeur, 2000:579) des Tirailleurs. Par sa façon de se déplacer dans la ville, d’apparaître çà et là où on ne l’attend pas, par sa démarche glissante et hiératique, dans la 'hantise' qu’il éveille chez les autorités, Diallo est la transposition cinématographique du 'fantôme du passé', du 'secret de famille enkysté'.14 Au Directeur de cabinet qui lui reprochait la présence de l’Africain dans les rues de sa ville, le Préfet rétorque que celui-ci n’est qu’un 'fantôme, il va et vient, rien de grave.'

Or, apaiser le fantôme c’est, selon Nicolas Abraham, 'réduire la coulpe attachée au secret d’un autre et l’énoncer en mots dicibles, en défiant, en contournant ou en domestiquant ses (…) résistances, ses (…) refus, c’est donc faire accepter un degré supérieur de 'vérité' (Abraham, 1987:450). En cherchant à faire la lumière sur le rôle des soldats africains, Marc, et à travers lui le spectateur, exorcise le fantôme en intégrant ces 'oubliés de l’Histoire' dans le discours historique national et en les 'réinscri[vant] dans la mémoire symbolique collective.' (Piralian, 1999:65).

'Le Chemin était là, nous l’avons attaqué, moi, et ceux dont je porte le nom, là' dit Diallo à Marc en lui tendant un registre dans lequel sont consignés les noms de ses camarades tombés au Chemin des Dames. Diallo est littéralement 'porteur de mort' en ce sens qu’il est le tombeau de ceux qui n’ont pas de sépulture, les 'n’ayant-jamais-existé' (Piralian, 1999 :64), ceux qui 'manquent à l’histoire' (Ricoeur, 2000:476). Pour lui en tant que survivant, le 'processus de deuil se trouve bloqué' et comme tous les survivants et leurs descendants, il est obligé de ´ devenir porteur de ces morts, garant de leur existence passée. (…) Leurs corps se doivent de servir de tombes aux corps de ces morts, afin de les maintenir hors du néant ª (Piralian, 1999:64). Au milieu des vestiges de l’ancien village de Craonne, il psalmodie: 'les morts ne sont pas morts, sous la terre, les morts vivent.' Dans la scène finale, en égrenant les noms de ses frères d’armes sur l’ancien champ de bataille, au nez et à la barbe de tous les notables réunis pour la commémoration qui l’observent à la jumelle, de l’endroit même où soixante ans auparavant les troupes allemandes avaient pu observer l’assaut des tirailleurs, Diallo leur permet de '(re)prendre leur place (…) d’ancêtres à la fois humains et morts. (…) Cette reconstitution de la mémoire [constitue] alors le vrai travail de mémoire' (Piralian, 1999:65).

Contrairement aux commémorations officielles où seule la mémoire collective dominante est célébrée, celle qui nous est montrée dans le film intègre, par le geste de Diallo, la mémoire des acteurs et des témoins d’un événement jusqu’ici refoulé. La cohabitation inédite et imprévue de ces deux mémoires à l’écran, interpelle les participants et les pousse à remettre en question leur conception de l’histoire. Pour le téléspectateur, cette séquence joue un rôle cathartique, dans une prise de conscience qui orientera inéluctablement le processus de refonte de la mémoire collective.

Dans le film, cette cérémonie a lieu le 16 avril 1977. C’est précisément l’époque que Pierre Nora, dans sa réflexion sur les lieux de mémoire, qualifie de 'grand tournant' (Nora, 1997:4699) dans le sens où, jusque-là, 'l’histoire était une mémoire vérifiée' : 'le modèle classique supposait, en effet, une souveraineté impersonnelle et affirmatrice — la France, la République, la Nation -, vraie raison d’être des manifestations dont l’Etat restait le grand ordonnateur et l’officiant. [Ce modèle] supposait [aussi] l’unité d’une histoire qui, parce qu’épique, combattive, orientée, avait ses élus, surtout politiques et militaires, et ses exclus, réduits au silence ou au culte privé de la mémoire. (…) C’est cet ordre et cette hiérarchie qui se sont cassés' (Nora, 1997:4692-4693). Le coup d’éclat du vieux tirailleur et du jeune stagiaire, qui chamboule l’organisation officielle de la cérémonie commémorative, illustre parfaitement cette analyse de l’historien. Aujourd’hui, c’est l’un des mérites du film de faire entrer la mémoire des tirailleurs dans la sphère publique, même si son impact reste encore marginal.

VI. L’oubli transgénérationnel au sein de l’Etat : un mécanisme que nous révèle l’habitus de Bourdieu

Si la relation entre Marc et Diallo nous éclaire sur la transmission de l’histoire coloniale, une analyse des liens entre Marc et le Préfet - dont le nom n’est jamais prononcé dans l’exercice de ses fonctions tant le scénario veut en faire le représentant absolu de l’État -, nous permet, elle, de mettre à jour les processus de reproduction au sein de la société française, à travers deux discours qui s’emboîtent l’un dans l’autre, résonnent l’un par rapport à l’autre, et qui se cristallisent dans l’interaction entre ces deux protagonistes.

D’une part le Préfet introduit Marc, le jeune énarque, aux rouages de l’Etat en l’enjoignant de reproduire l’ordre établi sous peine de se voir impitoyablement exclu du système, ses espoirs de carrière au sein du service public brisés. Les mécanismes de transmission (et d’exclusion) au sein de la sphère étatique, de ses institutions et de ses représentants sont ainsi mis à jour. D’autre part, Marc et le Préfet tissent des liens quasi filiaux. En effet, comme le souligne la Préfète, 'malgré la différence d’âge, [son mari] a trouvé son pareil.' A mesure que se développe leur amitié, se dessine la problématique de la transmission intergénérationnelle au sein de la sphère privée qui trouve également écho dans la relation, évoquée épisodiquement dans le film, entre Marc et ses parents.

Afin d’éclairer cette perspective, nous nous sommes appuyées sur l’arsenal théorique élaboré par Pierre Bourdieu, en particulier sur le concept d’habitus, qu’il définit dans le Sens pratique15 (Bourdieu, 1980:88-89). Bourdieu appelle habitus le système de dispositions durables, fonctionnant comme un guide de perceptions, d’actions ou de réactions et résultant de l’intériorisation par chacun de nous, au fil de notre histoire, d’un conditionnement inculqué par la famille, l’école ou l’environnement social lors du processus de socialisation dans une société donnée. Selon nous, La Dette nous permet d’ 'appréhender [les] structures et [l]es mécanismes (…) de reproduction de [l’] espace' (Bourdieu, 1994:17) étatique français qu’analyse Bourdieu.

A la gare de l’Est à Paris, Marc quitte ses parents, des gens modestes, dont les sacrifices et les encouragements lui ont permis d’atteindre ce 'poste inespéré' de secrétaire général adjoint à la préfecture de l’Aisne, pour mieux intégrer une autre famille : celle de l’Etat. 'Bienvenue dans la famille !' lui lance le Préfet, 'la fonction publique est une grande famille !' renchérit-il.

Son éducation familiale et scolaire, seuls détails biographiques qu’il juge dignes de porter à la connaissance des téléspectateurs ont, selon ses propres mots, façonné un personnage de 'Petit Monsieur, plein de morgue, tellement fier d’avoir intégré la ‘Grande École’.' L’ENA, cette Grande École par excellence, a bien rempli sa fonction de vivier de hauts fonctionnaires qui, de promotion en promotion, inculque à ses recrues l’amour, voire la passion de l’Etat. Jeune Rastignac - il s’écriera à sa descente de train : 'A nous deux, Laon !' - Marc exprime avec candeur au tout début du film toute sa satisfaction de faire partie de l’élite de la France et de pouvoir maintenant en perpétuer les idées et mettre en œuvre les ambitions : 'je venais de réussir le concours de l’ENA. (…) Les rois et l’Etat avaient construit la France. J’aimais la France et j’appartenais à l’Etat. J’étais heureux.'

Marc succède, à la préfecture, à une longue lignée de sémillants énarques, aux parcours éducatifs identiques, aux discours identiques, aux comportements identiques. Le cursus qu’ils ont suivi, aussi exigeant que prestigieux, finit à la longue par produire des diplômés normalisés, standardisés, fait que soulignent à la fois le chauffeur de la préfecture lorsqu’il rencontre Marc pour la première fois : 'vous vous ressemblez tous, vous les stagiaires' et la serveuse d’une brasserie de la ville : 'vous êtes tous du même moule, des fois je remarque même pas le changement.' (sic)

Comme tous les autres stagiaires, Marc doit subir le rite de passage que constitue l’organisation de la commémoration du Chemin des Dames. Tous, à la préfecture, rassurent Marc sur l’absence de difficultés de la tâche : 'depuis le temps qu’on commémore 14-18, plus rien ne peut plus nous surprendre', ' le terrain est balisé' lui disent-ils.

Pourtant cette fois, les circonstances sont différentes. Puisque c’est le 60ème anniversaire, les cérémonies, d’une plus grande ampleur, seront médiatisées au niveau national. Marc, en consentant à la présence du vieux tirailleur, enfreint les règles protocolaires. Le Préfet lui suggère aussitôt une alternative simple : ou bien accepter l’ordre établi ou bien démissionner. De même ses parents, apprenant qu’il a 'mis le nez dans un dossier qu’il ne fallait pas ouvrir', lui conseillent, sans même en connaître la substance, de le refermer au risque de ´ tout gâcher.'

Là se révèle l’extrême difficulté, pour ne pas dire la quasi impossibilité, pour tout individu, d’être fidèle à ses sentiments et convictions personnels lorsque ceux-ci rentrent en conflit avec la norme qui lui a été inculquée. Selon Bourdieu, seuls les individus d’exception en sont véritablement capables : 'ce qui est commun à tous les grands fondateurs, les grands révolutionnaires spécifiques, [c’est] la capacité de prendre des positions qui sont normalement exclues par la logique du champ parce qu’elles concilient des choses qui sont normalement inconciliables, cela au prix d’une formidable tension' (Bourdieu, 2002:24).

Ainsi Marc, en dépit de ses vélléités de compréhension, reste-t-il généralement prisonnier de son éducation et de sa situation sociale, condamné, sacrifié, pour reprendre les paroles antimilitaristes de la Chanson de Craonne, dont il fredonne le refrain 1616 avec le Préfet désabusé lors de la scène finale du film. Marc, en tant que stagiaire, a été bien noté par le Préfet, sa carrière est lancée, la reproduction de l’ordre établi est en marche.

Est-ce à dire que tout est programmé et tout espoir de changement vain ? Bourdieu s’était insurgé contre ceux qui reprochaient au 'concept de reproduction son caractère désespérant, qui ne laisserait pas de marge d’initiative aux acteurs' (Baudelot, 2002:14) en ces termes : 'la sociologie défatalise en énonçant les régularités auxquelles obéit le monde social et en donnant ainsi la possibilité de les maîtriser — au prix d’efforts plus ou moins grands, parfois démesurés' (Bourdieu, 2002:26).

Il serait donc réducteur de ne voir qu’une simple description des mécanismes de reproduction dans La Dette. D’une part, parce que dire, c’est faire, comme le démontre Bourdieu à propos des énoncés performatifs (Bourdieu, 1982). Le simple fait de prendre en compte les sentiments du tirailleur et de leur donner un écho, est déjà la preuve que le personnage de Marc évolue et échappe, un tant soit peu, à son carcan. D’ailleurs, vingt ans plus tard, Marc, qui aura perdu ses illusions, se souviendra, avec une certaine nostalgie, que la 'passion (de l’État) existait encore' dans les années 1970.

C’est donc un silence, imposé depuis de si longues années, que le film, son réalisateur et son scénariste, parviennent à briser. Grâce à l’audace et à la persévérance de ces derniers, les spectateurs sont amenés à revisiter une période douloureuse de leur histoire avec des yeux neufs. Le sociologue Pierre Encrevé souligne la dynamique ainsi créée : 'changer […] les représentations, c’est déjà changer les choses' (Encrevé, 2002:16). C’est peut-être peu, mais ´ ces petites choses génèrent des changements qui en génèrent d’autres' (Swain, 2000:19).

Et les indications de changements, aussi petits soient-ils, sont nombreuses dans le film. Si les enfants des écoles primaires récitent, comme de coutume, un poème d’Apollinaire aux dignitaires pendant la cérémonie commémorative du Chemin des Dames, dans les dernières séquences du film, ils entourent joyeusement l’Africain qui parvient à représenter ses compagnons de guerre aux festivités, en dépit de toutes les embûches mises sur son chemin. Même si l’on ne peut évidemment pas ramener l’Histoire à ces commémorations, ces enfants, qui représentent l’avenir, auront dans leur histoire personnelle une expérience qui pourra leur permettre de contrecarrer 'la violence symbolique' (Bourdieu) des institutions de leur pays.

Le concept d’habitus se révèle également efficace pour comprendre que la socialisation s’effectue différemment selon le milieu auquel les individus appartiennent. Bourdieu parle d’une socialisation différentielle selon les classes sociales, qui définit, pour chacune d’entre elles, les objets et les modes de représentations légitimes excluant à la fois certaines réalités et certaines manières de les représenter. Selon lui, en effet, 'une classe ou une fraction de classe est [également] repérée par une distribution déterminée dans l’espace géographique (qui n’est jamais neutre socialement) et par tout un ensemble de caractéristiques auxiliaires qui (…) peuvent fonctionner comme des principes de sélection ou d’exclusion réels' (Bourdieu, 1979:113). C’est ainsi que les personnages secondaires sont utiles pour affiner notre compréhension des mécanismes de distinction sociale inhérents à la société française. La réaction du Préfet vis-à-vis de l’Africain est différente de celle de ses subordonnés immédiats, de celle du planton de la Préfecture, ou encore du fonctionnaire des Renseignements Généraux, comme l’illustrent les mots qu’ils utilisent pour parler de Diallo.

Le planton souligne l’incongruité de la présence de Diallo à Laon lorsqu’il annonce 'un Africain vous attend ', déniant à l’intéressé toute identité personnelle. L’adjoint au préfet, ouvertement raciste, tutoie Diallo, 'ces cocos-là ne lâchent jamais leur os' affirme-t-il à Marc. Même mépris chez le fonctionnaire des Renseignements Généraux, né à Saint Louis du Sénégal qui, sans se départir de sa mentalité de colonisateur, parle de ' l’ethnie de ces gens-là. ' Par contre, chez le Préfet, la diplomatie l’emporte généralement sur la condescendance. Pour lui, Diallo est 'le vieux tirailleur', mais il fait néanmoins partie des 'gens de couleur', et il devient même 'l’Africain' lorsque le Préfet perd son sang-froid. Quant à Marc, qui vouvoie Diallo, il voit surtout en lui 'l’homme', un 'ami africain.'

Selon Bourdieu, 'la construction de l’État s’accompagne de la construction d’une sorte de transcendantal historique commun immanent à tous ces sujets' (Bourdieu, 1994:125). Le film nous propose un exemple de ce 'transcendantal historique' dans l’image qui nous est donnée de la concurrence entre les anciennes puissances coloniales que sont l’Angleterre et la France - en dépit de l’Entente cordiale signée au début du vingtième siècle ! Une jeune journaliste anglaise, d’abord séduite par Marc, finit par le rejeter devant ce qu’elle juge être sa pusillanimité face au désir de reconnaissance du tirailleur. Elle est dans l’Aisne pour tourner un documentaire sur l’anniversaire du Chemin des Dames, dans lequel on apprend qu’elle donne la parole à Diallo, ce qui lui vaudra de se faire voler son film par les Renseignements Généraux. Issue d’une histoire collective différente de celle des Français, elle est plus à même de remettre en question le 'consensus sur cet ensemble d’évidences partagées qui sont constitutives du sens commun' (Bourdieu, 1994:126) en France.

VIII. Le devoir de mémoire ou comment rembourser une dette de sang

Le film se termine de façon totalement inattendue, par un montage de quelques plans tirés de journaux d’actualité d’époque, filmés par le Service Cinématographique des Armées. Les premières scènes se déroulent dans une ambiance bon enfant, on y voit l’Armée coloniale à l’entraînement, un passage en revue, un tirailleur lançant une boule de neige vers la caméra. Puis l’horreur se déclenche, c’est le champ de bataille troué d’obus, les tranchées, l’agonie d’un cheval dans la boue, et l’ensevelissement des corps de soldats dans une fosse commune. Le regard-caméra insistant et lourd de sens d’un des tirailleurs semble implorer le spectateur. Nul doute que Marc, qui a vu ces images lors de sa visite nocturne au musée clandestin, a aussi entendu cet appel qui justifie la présence de Diallo à Laon. Ce bouleversant raccourci est une mise en abyme du parcours initiatique de Marc, qui passe, par étapes successives, d’une vision idéaliste à une compréhension plus profonde de l’histoire complexe des hommes. Marc comprend, comme l’écrit Ricœur, que : 'nous sommes redevables à ceux qui nous ont précédés d’une part de ce que nous sommes. Le devoir de mémoire ne se borne pas à garder la trace matérielle, scripturaire ou autre, des faits révolus, mais entretient le sentiment d’être obligés à l’égard de ces autres' (Ricoeur, 2000:108).

Ainsi s’explique le titre du film: il est temps de rembourser la dette de sang à tous les combattants, quelle que soit leur origine, qui ont été sacrifiés au nom de la République. Le temps est révolu où la dette coloniale était comprise comme à l’époque du ministre de la Guerre Messimi, qui écrivait en 1909 : 'L’Afrique noire nous a coûté des monceaux d’or, des millions de soldats et des flots de sang, elle doit nous les rendre avec usure' (Sédouy et Deroo, 1993).

En fait, en ce début du XXIème siècle, c’est l’heure de l’indemnisation qui est venue. Concrètement, depuis la décision du Conseil d’État de novembre 2001, des milliers d’anciens combattants de l’armée française sont maintenant en droit de voir leur pension de guerre revalorisée, alors que depuis 1959 une loi dite de 'cristallisation' - nous sommes ici bien loin de Stendhal, comme l’apprendra Marc à ses dépens - en gelait leur montant (Prolongeau, 2002:52-53; Zappi, 2002:14).

Ricœur précise toutefois qu’il ne suffit pas de 'payer la dette (…), mais [qu’il faut] aussi soumettre l’héritage à inventaire' (Ricoeur, 2000:108). Après le devoir de mémoire, qu’il était nécessaire d’accomplir, et auquel le film apporte sa contribution, il s’agit aujourd’hui de passer du témoignage à l’histoire et d’intégrer, au cœur de la réflexion historique et de sa transmission, toutes les mémoires, même les 'souvenirs noirs'.

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Notes

1. Kofi Yamgnane, d’origine togolaise, fut nommé ministre de l’Intégration dans le gouvernement d’Edith Cresson en 1991.

2. C’est le cas, entre autres, de la série en trois épisodes de, intitulée L’Algérie des Chimères (François Luciani, 2002) ou très récemment, du Porteur de cartable (Caroline Huppert, 2002), diffusé sur France 2, le 3 mars 2003, qui traite de l’amitié naissant en France à l’heure des Accords d’Evian entre le petit Omar, d’origine algérienne, et Raphaël, fils de pieds-noirs rapatriés d’Algérie. L’Afrique noire est également incluse dans cette exploration. En effet, dans la série 'Regards noirs' diffusée sur Arte en 2002, des téléfilms tels que Libre (Jean-Pierre Saunié, 2002), ou La Femme de mon mari (Doc., Timna Goldstein et Hadar Kleinman, 2000) ou encore Negro (Karim Akadiri Soumaïla, 2000) se donnent pour but de proposer un regard plus riche et plus complexe que les représentations exotiques habituelles du vécu africain.

3. Titre de l’émission radiophonique animée par l’historien Pierre Miquel et diffusée sur France-Inter en 1987.

4. Selon Encyclopédie Microsoft Encarta 2000.

5. Selon Jacques Morel (auteur de Calendrier des crimes de la France outre-mer) par courrier électronique, le 28 novembre 2002.

6. C’est à partir de la fin du XIXème siècle que des unités de "tirailleurs" furent recrutées parmi les autochtones des nouvelles colonies de la IIIème République. Certains furent engagés sur le sol métropolitain dès 1914. L’Armée coloniale, dont les dépôts furent installés à Fréjus-Saint-Raphaël, fut en fait créée en 1915. Le recrutement forcé des soldats indigènes qui la composaient, entraîna un peu partout insurrections, insoumissions et chasses à l’homme dans les colonies. Au total, la contribution coloniale se chiffre à plus de 600 000 hommes, soit 7,8% des effectifs sous les drapeaux par rapport à 7 740 000 hommes pour ce qui est de la mobilisation métropolitaine. (Voir Marc Michel ( ) et http://crdp.ac-reims.fr, consulté le 04/03/2003). A titre de comparaison, 1 440 500 Indiens se sont battus pour la Grande-Bretagne pendant la Première guerre mondiale. Parmi eux, 47 000 furent tués et 65 000 blessés (The Guardian, G2, 06/11/02, p. 7).

7. Art Gazette International (25/11/2000) in http://www.antiquaires-contact.com, consulté le 27/11/2002

8. 'Nivelle reçut en décembre 1917 le commandement en chef des troupes d’Afrique du Nord à Alger. Il serait, après sa mort inhumé aux Invalides. Mangin accepta en décembre le commandement d’un corps d’armée avant d’être nommé en 1918 chef de la 10e armée.'

9. Il est à rappeler cependant, comme l’énonce Kofi Yamgnane (2002:31-32), que 'le gouvernement français a (…) reconnu la part des Africains dans la défense du territoire de leur colonisateur et dans la victoire de 1918 en leur dédiant un monument inauguré en 1983 à Cerny-en-Laonnais.'

10. Cette expression est utilisée par la mère de Marc au début du film. Elle fait allusion en l’occurrence à la Seconde guerre mondiale.

11. Erik Orsenna, communication par courrier électronique, le 28 février 2003

12. Si le nom de Mangin évoque bien pour lui le général d’armée, Marc ignore que ce dernier, compagnon de Marchand à Fachoda, est aussi l’auteur du livre La Force noire (1910) 'qui prône le recrutement de soldats parmi les indigènes. Dans la perspective des guerres modernes, Mangin affirme que le ‘manque de nervosité de la race noire l’y rendra précieuse... L’insousiance du Noir et son fatalisme deviennent alors des qualités.' Communication de Jacques Morel par courrier électronique, le 28 novembre 2002.

13. 'La chapelle, construite à l’initiative des anciens combattants de l’Aisne, sert de mémorial. C’est là que se déroulent la plupart des cérémonies officielles, réunissant souvent les adversaires d’hier pour une réconciliation par-dessus les tombes.' (http://www.aisnes.com/chemin_des_dames/histoire4.html, consulté le 04/03/2003)

14. Hélène Brunschwig, critique de Tisseron et al., (1995), in http://carnetpsy.com/Archives/Ouvrages/Items/cp19b.htm, consulté le 02/03/2003

15. 'Système de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations […] collectivement orchestrées sans être le produit de l’action organisatrice d’un chef d’orchestre.'

16. 'Adieu la vie, adieu l’amour/Adieu toutes les femmes/C’est bien fini, c’est pour toujours/De cette guerre infâme/C’est à Craonne, sur le plateau/Qu’on doit laisser sa peau,/Car nous sommes tous condamnés/Nous sommes les sacrifiés.' (Anonyme)

References

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Baudelot, Christian (2002) 'Le scandale des héritiers', Les Inrockuptibles 323, p. 14 (29 janvier/4 février 2002).

Bourdieu, Pierre (1979) La Distinction: critique sociale du jugement, Paris: Minuit.

Bourdieu, Pierre (1980) Le Sens pratique, Paris: Minuit.

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Bourdieu, Pierre (2002), 'Défataliser le monde', entretien avec Sylvain Bourmeau (avril 1997), re-publié dans Les Inrockuptibles 323, pp. 20-26 (29 janvier/4 février 2002).

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Miquel, Pierre (1997) Le Chemin des Dames: enquête sur la plus effroyable hécatombe de la Grande Guerre, Paris : Perrin.

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Prolongeau, Hubert (2002) 'Ces combattants que la France a oubliés : la dernière bataille des vieux soldats de la coloniale', Le Nouvel Observateur 1969, pp. 52-53 (1-7 août 2002).

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Sédouy, Alain de et Eric Deroo (1993) Traverses : Les Oubliés de l’Histoire (1- Les Tirailleurs sénégalais) (1992), documentaire diffusé sur France 2 en août 1993.

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Yamgnane, Kofi, (2002) Nous grandirons ensemble, Paris: Robert Laffont.

Zappi, Sylvia (2002) 'Le nouveau système d’indemnisation des anciens combattants étrangers ne satisfait pas le Sénégal' et 'Sur ‘la piste des tirailleurs’, l’hommage posthume au doyen des soldats africains et la rancoeur des survivants', Le Monde (17 décembre 2002), p. 14.