Syntaxe à la une : la structure des titres de journaux français et britanniques*

Dulcie M. Engel, University of Wales Swansea

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Introduction

"titrer, c’est choisir" (Furet 1995 : 116)

Les vingt dernières années ont vu plusieurs études de textes journalistiques. C’est en partie une riposte à la prédominance de textes littéraires dans les études de la langue écrite, mais cette tendance relève aussi de l’actualité et de l’accessibilité des textes de journaux:

"For most citizens, news is perhaps the type of written discourse with which they are confronted most frequently" (van Dijk 1986 : 156).

Les caractéristiques linguistiques spécifiques aux textes journalistiques ont été notées aussi, et les sous-domaines des journaux et de la radio ont fait couler beaucoup d’encre, sans parler des différences entre les journaux et magazines du point de vue lecteurs, politique, distribution, style etc.

Cependant, on a vu peu d’analyses syntaxiques approfondies des titres de journaux, exception faite des ouvrages de Straumann (1935), de Mårdh (1980), et de Simon-Vandenbergen (1981) sur les titres de journaux britanniques; et de Sullet-Nylander (1998) sur les titres de journaux français.

Le but de cette communication est de comparer la structure des syntagmes dans les titres de journaux britanniques et français, afin de déceler les ressemblances et les différences entre l’anglais et le français journalistiques à ce niveau. Après avoir défini le titre du point de vue fonctionnel et formel, nous examinerons, à l’aide d’un corpus de titres français et britanniques, le syntagme verbal (omission de la copule, omission de l’auxiliaire, aspect, mode, temps, emploi de l’infinitif) ; le syntagme nominal (omission de l’article, syntagmes nominaux "lourds", nominalisation) , et la structure de la phrase (structures parallèles, interrogation, citation).

1. Les titres de journaux : fonction et forme

1.1 Qu’est-ce que c’est qu’un titre?

"il faut commencer l’étude du texte par celle de son titre" (Hoek 1981 : 1)

Selon Mårdh (1980 : 14), il n’existe pas de définition non ambiguë du terme "titre" : c’est un terme que l’on emploie intuitivement. Nous suivrons son exemple, et utiliserons le terme "titre" pour désigner un texte en tête d’article, imprimé dans des caractères et une taille différents de ceux du corps de l’article. Le terme "titraille" est employé pour référer à l’ensemble : surtitre - titre - sous-titre (accroche). Le "chapeau" ("chapo") est le résumé de l’article, situé entre la titraille et le "lead", le premier paragraphe de l’article. Les exemples 1 et 2 illustrent ces définitions:

1. Surtitre : PRISON. Le boxeur pourrait bénéficier d’un régime particulier

Titre : Tyson fera un crochet par la liberté

Chapeau : Si les psychiatres lui donnent leur feu vert, le champion va bientôt reprendre l’entraînement

Lead : Mike Tyson va sans doute devenir le détenu le mieux payé du monde. (...) (France-Soir 19.2.99 : 7)

2. Titre : BABE B

Sous-titre : Spices’ Mel B has 5 1/2lb girl and names her Phoenix Chi

Lead : MEL B gave birth to the first Spice baby two weeks early last night - and named the little girl Phoenix Chi. (The Sun 20.2.99 :1)

On voit que dans ces deux exemples, le titre donne en effet moins de renseignements que le surtitre, le sous-titre, le chapeau ou le lead, puisque sa fonction primaire est d’ attirer l’attention, plutôt que d’informer.

1.2 La fonction des titres

Les titres, avec leurs lettres souvent en majuscules et en gras qui rompent l’ensemble de texte sur une page (Mårdh 1980 : 15), doivent capter l’attention du lecteur, et l’inciter à lire l’article (Bell 1991 : 189). Il est donc très important ou qu’ils dramatisent, ou qu’ils résument le contenu de l’article : "The headline is an abstract of the abstract" (Bell 1991 : 150). Moirand (1975 : 69) parle également de "condenser en quelques mots le thème principal - "accrocheur" ou "illustrateur" - du message transmis par le texte". Furet (1995 : 21-25), écrivant pour un public de journalistes, donne une liste de cinq fonctions essentielles : accrocher le regard des lecteurs, permettre le choix de lecture, donner envie de lire l’article, contribuer à l’image du journal, et structurer la page. Bosredon et Tamba (1992 : 40) parlent de la "double articulation du titre, à l’article qu’il annonce d’un côté et à l’organigramme du journal de l’autre". Mais il faut aussi distinguer entre les titres informationnels (qui resument l’article), et les titres référentiels (qui englobent l’article) (Mouillaud 1982 : 84).

Du point de vue du lecteur, la titraille : "doit être comprise sans qu’il soit nécessaire de lire le texte" (Furet 1995 : 104), et en effet, dans nos exemples 1) et 2), on peut comprendre l’essentiel à partir de l’ensemble de la titraille, avant d’arriver au "lead". Comme le note Hoek (1981 : 2) " le titre est autonome par rapport au texte".

On peut mentionner ici la fonction de nouveauté dans les titres. Straumann (1935 : 78-80 ; d’après Jespersen (sans date) distingue la fonction de "nexus" où le terme secondaire ajoute quelque chose de nouveau au premier terme (p. ex. Steamer Sunk), de la fonction de "jonction", où les deux éléments expriment une idée (p. ex. Sunk Steamer). On trouve la fonction de "nexus" très souvent dans les titres.

Van Dijk (1985 : 69) souligne la fonction thématique du titre, celle d’exprimer le thème le plus important de l’article, tandis que les sous-titres au sein de l’article expriment les causes ou les conséquences importantes. Ceci fait partie de la hiérarchie des informations dans un article :

"the highest or most important topic is expressed in the headline, the top of the complete macrostructure of the text is formulated in the lead, and the initial sentences of paragraphs of the text express a still lower level of macrostructure" (van Dijk 1985 : 78).

Cependant, comme l’a noté Bell (1991 : 186), l’ordre d’écriture est en effet : lead, article, titre (en général, ce dernier n’est pas écrit par le même journaliste) .

Quelquefois on trouve ce que van Dijk (1985 : 78) appelle "skewed headlining", ou un thème du texte est promu au rang de thème principal : la raison peut être idéologique ou politique, mais il s’agit souvent du principe d’actualité : l’événement le plus récent est le plus important. Furet 1995 : 27-28) parle également du "titre informatif", qui transmet aux lecteurs les informations nouvelles.

La fonction "marketing" soulignée par Furet est aussi importante que la fonction thématique esquissée par van Dijk : le besoin d’informer et le besoin de vendre vont tous les deux déterminer la forme syntaxique des titres.

1.3 La forme des titres

Bien qu’on parle du style journalistique, c’est dans les titres plutôt que dans les articles que l’on voit une syntaxe différente.

En anglais, il existe certains termes pour décrire le "headlinese", le langage des titres. Mårdh (1980 : 12) parle du "block language" (terme de Straumann 1935 : 21, 39) - que l’on trouve aussi dans les télégrammes, les publicités, les recettes, les catalogues et les affiches par exemple - et de son "economy grammar" (terme de Halliday 1967). Crystal (1995 : 216) emploie le terme "minor sentences" pour décrire les syntagmes où il n’est pas possible d’employer une gamme complète de structures grammaticales à cause de la forme de "bloc". Ceci s’explique par le besoin de se concentrer sur l’essentiel: "dans le titre, ce qu’il [= le lecteur] veut, c’est du béton. Du massif. A la limite, que chaque mot apporte une information" (Furet 1995 : 53).

Les journalistes essayent de créer une illusion d’oralité en se servant des termes argotiques et des structures syntaxiques abrégées (Fowler 1991 : 61).

Souvent il n’y a pas de signes de ponctuation dans le titre, sauf peut-être des points d’interrogation ou d’exclamation (Crystal 1995 : 216, 219 ; Furet 1995 : 83 ; Straumann 1935 : 250 et sq.). En effet, comme le note Dugas (1995 : 144-145) : "Le point n’est pas nécessaire dans les titres d’ouvrage ou de sections de texte parce que ce sont des phrases isolées, donc on n’a pas besoin de séparateur. Mais on trouve les points d’interrogation, d’exclamation ou de suspension pour ne pas confondre l’interprétation avec le cas non marqué".

Nous notons aussi l’emploi du deux points dans les titres bisegmentaux, phénomène étudié par Bosredon et Tamba (1992).

L’ emploi des lettres majuscules et minuscules est peu conventionnel (Crystal 1995 : 215, Martin-Lagardette 1987 : 155. Voir exemple 2) ; mais le découpage du titre sur plusieurs lignes doit être logique (Furet 1995 : 16 ; Straumann 1935 : 256-258) ; bien qu’en général les titres soient assez courts.

Il existe des guides et des cours pour aider les journalistes à écrire les titres : il y a donc des conventions à observer.

2. La syntaxe des titres

2.1 Le corpus

Notre corpus comprend huit journaux, répartis de façon égale en français et britanniques ; en journaux de qualité (plein format) et populaires (tabloïdes ou demi-format) ; des deux mêmes jours, comme nous le montre le tableau 1 (voir annexes).

C’est à partir de ce corpus restreint mais varié que nous tirons nos exemples dans l’analyse qui suit, afin d’établir les ressemblances et les différences entre les titres des deux côtés de la Manche. Notre approche est avant tout qualitative, mais quantitative pour certains facteurs.

2.2 Le syntagme verbal

2.2.1 L’omission de la copule

L’omission de la copule a été notée dans la presse britannique par Robberecht (1975 : 104 - 109) et Mårdh (1980 : 183, 185), et nous en avons trouvé plusieurs exemples dans nos journaux français et britanniques (voir tableaux 2 et 3, annexes).

Dans les deux tableaux, les titres sans verbe conjugué et l’emploi du présent représentent les nombres les plus importants. Dans la presse française on note une forte préférence pour les titres sans verbe conjugué : de 60,6% à 78,6% ; tandis que dans la presse britannique, les chiffres vont de 38,1% à 48,2%. La rubrique "sans verbe conjugué" recouvre l’omission de la copule ou de l’auxiliaire, l’emploi de l’infinitif et la nominalisation.

Cette omission de la copule ne nuit pas au sens de la phrase, et contribue à l’efficacité du message : communiquer le plus d’idées possibles dans un espace très limité.

Le plus souvent, on trouve cette omission, soit avant un syntagme adjectival (exemples 3 à 6), soit avant un syntagme prépositionnel (exemples 7 à 9), où (C) marque la position présumée de la copule manquante, et RT indique le repère temporel dans la titraille ou le texte de l’article :

3. Milosevic (C) seul face aux Alliés (Le Figaro) RT : "Chirac et Clinton avertissent le président yougoslave"

4. La cour d’appel de Bordeaux (C) favorable à l’extradition d’Ira Einhorn (Le Monde) RT : "La cour...a donné...un avis favorable"

5. Dealings (C) down as bid boom goes bust (Daily Mail) RT : "dealings are suffering"

6. Hanakham (C) rusty in his Pipe opener (The Independent) RT : "The 10 year-old was having his first run...The rust showed"

7. L’ex-adjudant Chanal (C) en liberté très surveillée (Aujourd’hui en France) RT : "vit sous haute surveillance"

8. Clermont (C) sur un volcan (France-Soir) RT : "la capitale...accueille deux 16es de finale"

9. Athens (C) in crisis over CIA link to Ocalan capture (The Guardian) RT : "The three senior ministers sacked yesterday...were behind the failed operation"

En omettant la copule, le journaliste ne renseigne pas sur la localisation temporelle de l’action : est-ce que Clermont a été/ est/sera sur un volcan ? C’est au lecteur de lire l’article pour connaître la réponse (voir les RT).

Nous avons constaté que les lecteurs ont tendance à interpréter les titres sans copule (et sans auxiliaire : voir 2.2.2) comme se situant au présent, plutôt qu’au passé, tandis que les RT nous montrent que la référence est souvent au passé. Nos résultats (tableau 4, annexes), basés sur un échantillon très restraint, montrent que pour les six titres en français, les six francophones ont remplacé la copule manquante par un présent dans 79,2% des cas, et l’auxiliaire manquant par un présent dans 66,7% des cas (construction passive). Pour les huit titres en anglais, les neuf anglophones ont remplacé la copule manquante par un présent dans 92,6% des cas, et l’auxiliaire manquant par un présent dans 92,6% (construction passive) et 100% (construction progressive) des cas.

On trouve la même ambiguïté pour l’infinitif dans les titres, bien qu’en anglais ce dernier ait les connotations de futur (voir 2.2.6).

2.2.2 L’omission de l’auxiliaire et la phrase passive

Cette incertitude quant au repère temporel s’applique aussi aux phrases passives où l’on voit l’omission de l’auxiliaire (voir tableaux 2 et 3, annexes), déjà mentionnée dans notre enquête (2.2.1; tableau 4). Selon Furet (1995 : 55) : "Très souvent les verbes auxiliaires (être, avoir, faire) peuvent disparaître du titre sans aucun dommage: ... Mieux vaut un titre sans verbe qu’un titre alourdi d’un verbe faible voire inexistant". Cette notion de faiblesse des auxiliaires s’associe à celle de transparence.

Nous notons pourtant quelques différences entre l’anglais et le français: en plus de la construction passive, on peut omettre en anglais l’auxiliaire dans la construction progressive (voir 2.2.3) ; et on ne peut pas omettre l’auxiliaire en français dans une forme active d’un temps composé (tel le passé composé), sauf dans les cas où l’auxiliaire est partagé par plus d’un participe passé, ce qui est tout à fait possible en anglais. L’omission de l’auxiliaire semble alors être beaucoup plus restreinte en français qu’en anglais, ce qui expliquerait peut-être les différences dans nos résultats pour les francophones et les anglophones : les anglophones sont plus habitués à "trouver" le verbe dans leur tête (voir 2.2.1 ; tableau 4).

Quant à la forme passive en anglais, Straumann note que la majorité des formes en -d dans la position post-nominale ont une fonction passive, et non active, bien que la forme soit identique pour les verbes réguliers. Il ajoute que les lecteurs des titres savent qu’il s’agit d’une forme passive à cause de leur connaissance du monde, et de leur connaissance non consciente de la morphologie verbale. Nos exemples 13 et 14 illustrent cette fonction passive, et aussi la fonction de "nexus" de ces formes post-nominales (voir 1.2).

De plus, Robberecht (1975 : 106-107) et Mårdh (1980 : 183, 185) notent l’omission de l’agent dans les phrases passives : c’est un renseignement supplémentaire, on peut donc le supprimer sans nuire à l’intégrité du titre. Nous trouvons l’omission de l’auxiliaire et de l’agent dans nos exemples, où (A) marque la position présumée de l’auxiliaire manquant, et RT le repère temporel dans la titraille ou le texte :

10. Calvin Klein (A) jugé licencieux (France-Soir) RT : " "CK", accusé de flirte avec la pédophilie, a dû remballer ses affiches"

11. Incendiaires (A) mis en examen (Le Figaro) RT : "Quatre jeunes gens ... ont été mis en examen, hier..."

12. Handbags (A) drawn in Arnault war with Gucci (Daily Mail) RT : "are being swung"

13. Failed vasectomies claim (A) rejected (The Guardian) RT : "A man... lost a negligence claim"

14. Elite school in New York (A) staffed by ex-cons (The Guardian) RT : "The staff includes a number of ex-convicts"

2.2.3 L’aspect

Mårdh (1980 : 174, d’après Quirk et al 1972 : 92-7) note que dans les titres anglais, on trouve les verbes à l’aspect simple plutôt que progressif : elle relève dans son corpus 1,6% de formes progressives dans The Times et 2,6% dans le Daily Mirror. De fait, figuraient très peu de formes progressives dans notre corpus : le tableau 3 montre les formes conjuguées, mais si l’on inclut aussi les formes progressives non conjuguées, on en trouve cinq pour le Daily Mail, quatre pour The Independent, deux pour The Sun, et une pour The Guardian . En voici deux exemples :

15. Ireland (A) waking up to Woods’ kicking prowess (Daily Mail) RT : "Ireland are likely to use Niall Woods’ kicking skills against Wales at Wembley tomorrow"

16. Embassy siege : 79 (A) facing charges (The Independent) RT : "The 79 Kurds arrested after the three-day siege at the Greek embassy in London were all charged with violent disorder last night"

Mårdh (op.cit.) offre deux explications : du point de vue pratique, la longueur de la forme +ing est un problème pour les titres ; du point de vue sémantique, la forme simple est plus généralisée et exprime une durée non limitée. Ceci rejoint nos commentaires sur l’omission de la copule et de l’auxiliaire : sans des marqueurs temporels ou aspectuels fixes, le titre réalise une sorte d’universalité. Dans nos deux exemples, la forme non conjuguée est utilisée : c’est une façon d’employer +ing tout en réduisant les problèmes pratiques et sémantiques soulignés par Mårdh. Et comme le montre le tableau 4, tous les anglophones ont noté l’absence d’une forme au présent dans ces deux exemples : la forme progressive sans auxiliaire représente le présent ou le futur proche.

Il est également possible d’éviter la forme progressive en anglais par l’emploi de l’infinitif (voir 2.2.6), ou par l’omission de la copule ou de l’auxiliaire. Dans les exemples 5 et 12, la forme progressive apparaît dans le repère temporel.

La forme progressive peut aussi servir à dissimuler le sujet de la phrase, rendant le titre plus universel, comme dans l’exemple 17, qui illustre une observation de Straumann (1935 : 222) : quand la forme progressive est en première position dans le titre, et suivie par un substantif précédé d’un article, cette forme-ci a toujours une fonction active (ici, Vialli is feeling the heat).

17. Feeling the heat (Daily Mail) RT (sous-titre) : "Pressure is telling on Vialli as problems mount up at Chelsea"... (texte) : "the strain...is beginning to exact its toll"

On note aussi l’emploi du participe présent sans auxiliaire après un infinitif :

18. Light aircraft to fly over Martian gorges searching for signs of life

(The Independent) RT : "The robot aircraft...will spend three hours soaring over the spectacular gorges... to help them search for the most likely place..."

De plus, Straumann (1935 : 231) constate que la forme progressive en position médiane précédée d’un syntagme nominal et suivie d’une particule a souvent la fonction de "nexus". Dans l’exemple 18, c’est la forme searching qui, avec Martian gorges, constitue la nouveauté du titre.

2.2.4 Le mode

Furet (1995 : 14-15) met l’accent sur l’importance de centrer le message sur le lecteur, en employant l’impératif, surtout dans la presse professionnelle, qui signale une information utile. On a trouvé seulement deux exemples dans nos journaux français :

19. Voyagez en Yakoutie (Le Figaro)

20. Allez venez, Milord! (Aujourd’hui en France)

Malgré son apparence, l’exemple 19 ne donne pas en effet d’informations utiles aux lecteurs concernant un voyage : c’est le compte-rendu d’un livre. Dans ce cas, le titre est plus attrayant que le contenu. L’impératif dans l’exemple 20 relève d’un jeu de mots : les premières paroles d’une chanson bien connue d’Edith Piaf, et le nom d’un cheval, Milord Fontenaille, le sujet de l’article, qui court dans un meeting de plat.

Dans les journaux britanniques, nous observons des différences entre la presse de qualité et la presse populaire. Dans la presse de qualité, l’on trouve ces formes dans les jeux de mots (jeu sur le titre d’une chanson dans l’exemple 21 ; et sur une phrase américaine associée à la musique jazz dans la nécrologie d’un musicien de jazz dans l’exemple 22). Dans la presse populaire, ces formes agissent soit comme une incitation pour le lecteur à être d’accord avec le journaliste (exemple 23, impératif à la première personne), soit comme une adresse directe qui implique le lecteur dans l’opinion du journal (exemple 24), méthode assez répandue dans la presse populaire britannique :

21. Don’t walk on by (The Guardian)

22. Play it cool and play it straight (The Guardian)

23. Let’s kick out this bunch of amateurs (Daily Mail)

24. Leave the gutter, Cage (Daily Mail)

En général, l’emploi de l’impératif renforce l’illusion d’oralité que l’on trouve souvent dans les titres.

2.2.5 Le temps

Martin-Lagardette (1987 : 141) conseille d’éviter les titres intemporels et vagues, et Furet (1995 : 39-40) souligne l’importance de la "proximité chronologique". Pour les journalistes, ceci implique qu’il est plus important de parler des conséquences dans le futur immédiat, plutôt que des causes (dans le passé). Pour cette raison, les titres sont au présent et au futur plutôt qu’à des temps du passé, mais nos résultats révèlent des différences entre les presses britannique et française (voir tableaux 2 et 3) : de 35,1% à 51,3% de titres anglais au présent ; et seulement de 18,2% à 31,7% de titres français au présent. Du point de vue qualité/populaire, on note les pourcentages importants de titres au présent dans trois journaux de qualité : Le Monde, The Guardian et The Independent. Pour les autres temps, on voit que le passé est plus répandu dans les titres britanniques, et le futur dans les titres français.

Le présent est donc très important et dans les deux langues, il peut exprimer et le futur, et le passé, tout en gardant cet élément de proximité. Ce présent narratif/historique a été étudié par Facques (1998) et Engel (1999), parmi d’autres, et dans notre corpus, comme dans ceux de Simon-Vandenbergen (1981 : 215) et de Sullet-Nylander (1998 : 43, 72), le présent fait référence au passé récent plutôt qu’au futur proche. Les exemples 25 à 28 illustrent le premier cas, et les exemples 29 à 32, le deuxième :

25. La SNCF lance les brigades ferroviaires (Aujourd’hui en France) RT : "de nouvelles patrouilles sont déployées depuis quelques jours"

26. M. Chirac presse le Sénat de trouver un accord pour sortir la parité de l’impasse parlementaire (Le Monde) RT : "mercredi 17 février ... le chef de l’Etat a transmis un message ..."

27. Deserted boy, two, dials 999 (The Sun) RT : "A frightened two-year-old dialled 999 after he was left home alone"

28. Blair tells pro-labour MPs to sell electoral reform (The Guardian) RT : "At a meeting...last week Mr Blair told the backbenchers to go out and evangelise..."

29. Les pays européens redoutent une vague de violence kurde (Le Monde) RT : "les mesures de sécurité sont renforcées autour de plusieurs ambassades"

30. Le PSG joue son va-tout (Aujourd’hui en France) RT : "ce soir ..."

31. Wilkinson enters the cauldron (The Independent) RT : "before today’s big game"

32. G7 look at plans for debt relief (The Guardian) RT : "hopes ... will be boosted tomorrow when G7 finance ministers consider new proposals"

Il se pose une autre question au sujet du présent : que représente le présent pour les journalistes ? Le temps de l’écriture, de la publication, de la lecture ? Ceci doit être pris en considération pour les exemples comme 30 à 32, où, contrairement aux exemples suivants au futur/futur proche (33-36) et au passé (37-40), les repères temporels dans le texte sont très importants pour l’interprétation de la chronologie.

Nous notons que le futur français est en deuxième position après le présent, mais il y a très peu de futur proche français (voir l’exemple 33 et tableau 2). Dans les rares exemples anglais, on trouve souvent la forme raccourcie du futur, donnant une illusion d’oralité, comme dans l’exemple 36 qui a la forme d’une citation, mais qui est en effet un jeu de mots du titreur:

33. Hue va faire élire une étudiante (Aujourd’hui en France)

34. L’Amérique Latine sera-t-elle dollarisée? (Le Monde)

35. Rover will have to answer to Munich (Daily Mail)

36. I’ll Duv up Duval (The Sun)

Selon Furet (1995 : 64) : "Toutes les études de lectorat ont confirmé que l’utilisation du passé (imparfait, passé composé, et plus encore passé simple) ralentissait le processus de lecture".

Bien sûr, nous avons vu que les titreurs ont tendance à éviter les verbes conjugués dans les titres, et que le présent est plus fréquent que le passé. Néanmoins, nous avons trouvé ces trois formes mentionnés par Furet dans notre corpus français. Dans l’exemple 37, l’imparfait contribue à la légèreté du titre et contraste avec le ton sérieux de l’article qui porte sur une procédure disciplinaire (le titre est une citation, imprimée en italiques. Voir 2.4.3).

L’exemple 38 fait référence à un film réalisé en 1985, et qui passe à la télévision en 1999. C’est donc un film assez vieux pour le cinéma populaire: ce qui justifie le passé simple. Dans le corpus britannique, le simple past est en troisième position après le présent et l’impératif. L’exemple 39 est une citation directe qui fait la une du journal et les paroles "used our babies" sont très fortes, renforçant le tragique de l’histoire. L’exemple 40 est une citation indirecte, et on note l’omission de la conjonction that :

37. L’inspecteur du travail bavardait dans les rangs : au piquet! (Le Monde)

38. Un couffin qui rapporta beaucoup d’argent (Aujourd’hui en France)

39. They used our babies and never told us (Daily Mail)

40. Killer thought he was in a film (The Independent)

Avant de clore cette section, il faut mentionner le conditionnel dit journalistique (Rosier 1999 : 95, Waugh 1995: 167n.9). Cette forme, employée en français journalistique comme l’équivalent de l’adverbe allegedly (ou du verbe allege) dans la presse britannique, est très courante dans les articles de presse. Selon Elwert (1968 : 183) elle se trouve souvent dans les titres, mais dans notre corpus, il n’y a qu’un exemple de cet usage particulier :

41. L’infant d’Espagne aurait trouvé sa reine ( Le Figaro)

2.2.6 L’infinitif

Dans les titres, l’infinitif permet d’exprimer une action sans précision temporelle, tout comme le participe passé (2.2.2) et le participe présent (2.2.3) sans auxiliaire. De plus, l’infinitif peut exprimer le futur : ceci est très clair dans les exemples anglais, et on peut lier cet emploi à l’expression to be to (par exemple, Nato is to hold further talks tomorrow) ; l’infinitif est l’équivalent de cette expression, avec l’omission de l’auxiliaire. En français, c’est l’infinitif prépositionnel qui donne un sens du futur, bien que Chevalier et al (1964 : 370) constatent que "le contexte seul lui apporte une "coloration temporelle’’. Notre contexte, c’est le repère temporel dans le reste du titraille ou dans le texte de l’article, comme nous montrent ces exemples :

42. Police to scrap 999 call targets (Daily Mail) RT : "the targets will be dropped"

43. £24m to restore canals (Daily Mail) RT : "the canal network is to get a £24 million boost to help restore the waterways"

44. Des arbres à abattre dans le Gers (Le Monde) RT : "cette décision fera des vagues"

45. Glycine prête à cueillir (Aujourd’hui en France) RT : "elle n’aura pas de mal à disputer les premières places de ce quinté"

Nous obtenons aussi dans l’exemple 45 le jeu de mots sur glycine, nom de fleur, mais aussi le nom du cheval (voir aussi l’exemple 20).

2.3 Le syntagme nominal

Nous examinons maintenant le syntagme nominal, et nous étudierons trois aspects frappants, tous observés par les chercheurs. En effet, selon Hoek (1981 : 54) : "dans les titres les éléments verbaux sont en général supprimés au profit quantitatif des éléments nominaux : le style du titre est elliptique ... et nominal".

2.3.1 L’omission de l’article

Tout comme l’omission de la copule ou de l’auxiliaire, l’omission de l’article contribue à l’effet de brièveté dans les titres et constitue une caractéristique prototypique des titres de journal. Selon Bosredon (1997 : 61, d’après Guillaume 1919 : 293-297), la "détermination 0 semble être le signal univoque d’un statut formel du titre". Pourtant, Mårdh (1980 : 185) note que les articles sont plus fréquents dans les titres qu’on ne le pense. Bell (1991 : 107-109) associe l’omission de l’article aux journaux populaires, et en effet, nous en avons trouvé plus d’exemples dans nos journaux populaires britanniques. En général, c’est le premier syntagme qui est dépourvu d’article, et on relève souvent des syntagmes avec et sans article dans le même titre. Dans nos exemples, nous avons indiqué la position des articles omis en distinguant AD (article défini), AI (article indéfini), AP (article partitif) et APO (article possessif):

46. (AD) Leader takes a bus to (AD) summit (The Independent)

47. Robbie eyes (AI) gay role for (APO) movie debut (Daily Mail)

48. Dave pops (AD) question on (AD) plane’s intercom (The Sun)

49. (AP) Mauvaises surprises pour les vacanciers (Aujourd’hui en France)

Nous notons que l’omission concerne le même type d’article dans les exemples 46 et 48, et que dans 46 et 49, on n’omet pas l’autre article, d’un type différent. Bien qu’ il soit peut-être plus difficile d’omettre les articles en français, on pourrait dire qu’en général, l’omission d’un seul type dans chaque phrase facilite le processus de lecture. On pourrait aussi associer ce phénomène à celui de la non-répétition de l’article dans la conjonction des syntagmes, observé par Blanche-Benveniste dans d’autres genres de français écrit, p.ex. les recettes (1995 : 55 - 65). Dans ces exemples (50 et 51), il s’agit toujours du même article, et l’exemple 51 nous renvoie aux exemples 46 et 49 (non-omission d’un autre type d’article):

50. (AD) Thalasso, (AD) balade et (AD) grand air... (Aujourd’hui en France)

51. (AD) Drogue et (AD) dissidence : Cuba durcit sa législation (Le Monde)

2.3.2 Les syntagmes nominaux "lourds"

Johansson (1980 : 106-108) note en particulier la fréquence des noms au pluriel adjectivaux dans les titres anglais (voir l’exemple 13). Mårdh (1980 : 12) dit que les syntagmes nominaux fortement modifiés sont typiques du "block language", et qu’on les voit surtout en position de sujet (Mårdh 1980 : 183). Ceci est le cas dans les exemples 54 et 56 ci-dessous.

Moirand (1975 : 70) cite plusieurs exemples dans son étude de la nominalisation, dans une multiplicité de constructions. La construction N + Syntagme Prepositionnel est exemplifiée en 52 et 53, et la construction Syntagme Adjectival + N en 54,55 et 56 :

52. Le manifeste des profs anti-Allègre (Le Monde)

53. Risque d’avalanche maximal ce weekend (Aujourd’hui en France)

54. BA woman boss in drunken air rage attack on hostess (The Sun)

55. Huge bill for double vasectomy victim who ‘knew the risks’ (Daily Mail)

56. Sutton FA rap scare for Kidd (The Sun)

Pour ce qui est des titres des journaux populaires anglais, on observe souvent l’omission de l’article dans les syntagmes nominaux lourds.

2.3.3 La nominalisation

Moirand (1975) s’intéresse au rôle anaphorique de la transformation verbo-nominale, c’est-à-dire, de la nominalisation des syntagmes verbaux. Elle observe les différences entre les titres listés à la une (à syntagme verbal) et les titres au-dessus des articles ou de la continuation des articles (Moirand 1975 : 67-68). C’est cette relation entre les deux titres sur le même sujet qu’elle appelle anaphorique (voir notre exemple 57). La nominalisation peut précéder la verbalisation, ce qui n’est pas surprenant : la liste des titres à la une est réglée après le collecte de tous les articles pour le journal (voir notre exemple 58). Elle trouve aussi un rôle cataphorique à la nominalisation du titre par rapport au texte (Moirand 1975 : 69), comme dans nos exemples 59 et 60, mais nous avons aussi trouvé des exemples anaphoriques (61 et 62) :

57. (39) Titre p.1 : They used our babies and never told us

Titre p.2 : Anger of families in baby trial (Daily Mail)

58.Titre p.1: An 2000, an zéro de la dette ?

Titre p.4 : Les pays les plus riches envisagent d’effacer la dette des plus pauvres (Le Monde)

59. Titre : Allders warning

Texte : "Allders...yesterday warned shareholders..." (The Independent)

60. Titre : Acquittement pour un baiser violent

Texte : "Une jeune Egyptienne ... qui avait coupé la langue à son mari en l’embrassant a été acquitté hier par un tribunal correctionnel" (France-Soir)

61. Titre : Six councils warned their libraries are sub-standard

Texte : "Six others would be receiving written warnings" (The Independent)

62. Titre : Un employé légèrement contaminé

Texte : "Un agent EDF ... a subi une légère contamination radioactive" (Le Figaro)

2.4 La structure de la phrase

2.4.1 Les structures parallèles

Fowler (1991 : 45) remarque des structures parallèles dans les titres du Sun. On trouve une répétition de formes dans plusieurs titres : de la simple répétition d’un mot (63) à une phrase parallèle (64, 65 ; voir aussi 22, 50, 51) :

63. Wrong Wrong Wrong (The Sun)

64. Like father like sin (The Sun)

65. Coca si, cola no (Le Figaro)

On peut également inclure les structures phonologiques parallèles (voir aussi 30, 36) :

66. Backwater backlash (Daily Mail)

67. Le rap du pape (Le Monde)

Dans tous ces cas, on est très loin de l’illusion d’oralité ; au contraire, il y a un effet stylistique délibéré, qui relève de la fonction poétique et/ou ludique du langage. Martin-Lagardette (1987 : 143ff) parle de détournement de formules, et il est vrai que les jeux de mots (par exemple 45, 64) et les allusions culturelles (par exemple 20, 21) abondent dans les titres, souvent sous forme de structure parallèle. Ce sont de tels titres qui incitent à lire.

2.4.2 L’interrogation

Le point d’interrogation est l’un des rares signes de ponctuation possibles dans les titres (voir 1.3). Avec le point d’interrogation, le journaliste francphone évite soit d’insérer une tournure interrogative (est-ce que), soit de changer l’ordre des mots (comme dans l’exemple 73). Le résultat est une question proche à la forme employée le plus souvent à l’oral. De plus, c’est une forme directe adressée aux lecteurs (Elwert 1968 : 183). On peut même poser une question en omettant le syntagme verbal (68 à 70 ; voir aussi 58). S’il y a un verbe en anglais, l’inversion est obligatoire (71) :

68. L’OM au stade de France ? (Aujourd’hui en France)

69. Prêt ? Contact ! (France-Soir)

70. Business friendly? (Daily Mail)

71. Are they up to the job? (Daily Mail)

L’effet rhétorique des questions est de rallier le lecteur à l’opinion du journal, et se manifeste surtout dans les titres d’éditoriaux ou de commentaires (Robberecht 1975 : 95) :

72. Is Blair taking us for granted? (The Sun)

73.(34) L’Amérique latine sera-t-elle dollarisée ? (Le Monde)

On y trouve aussi des questions indirectes:

74. Why Blair needs the top-table power (Daily Mail)

2.4.3 La citation, l’attribution et les verba dicendi

C’est dans les citations que l’on constate, de façon très claire, l’oralité de la presse écrite. Cette oralité exerce une influence non seulement sur les formes du discours direct, mais aussi sur celles du discours rapporté (Tuomarla 1999 : 228).

Selon Monville-Burston (1995 : 48) : "Il suffit d’ouvrir un quotidien pour observer que rapporter les propos d’autrui constitue une activité essentielle des journalistes". Tuomarla (1997 : 109) renchérit cette idée : "La scène énonciative journalistique se caractérise par une absence de marques du locuteur principal (le journaliste) compensée par une multitude d’autres voix que celui-ci expose". Tuomarla (1997 : 114) trouve que la fréquence des citations dans les titres relève de leur aptitude "à préparer les transitions thématiques" : les citations-titres peuvent introduire les énoncés subjectifs sans compromettre directement le journaliste. Selon Waugh (1995 : 135), à l’inverse du roman, la citation journalistique indique l’existence d’un texte original créé par une autre personne à un moment spécifique. Comme le dit Bell (1991 : 190) : "Attribution ... reminds the audience that this is an account which originated with certain persons and organizations ... a news story should be regarded as embedded under a stack of attributions".

Bien qu’on attribue une sorte d’autorité aux sources des citations, il existe aussi le problème des "pseudo-direct quotes" (Bell 1991 : 189): les citations non exactes. Dans ce cas, le titre est un résumé de la citation (voir exemples 77,79,80 ; voir aussi 36). Monville-Burston et Waugh (1998 : 56) citent le terme employé par Voirol (1995 : 47) pour cette reformulation journalistique: "mouture". En général, la citation journalistique est plus courte (surtout dans les titres), bien qu’il y ait moins d’omissions (de verbe/d’article) puisque l’on essaie de reproduire le discours (Simon-Vandenbergen 1981 : 236). Selon Peytard (1975 : 46) : "Formellement ces phrases portent les marques du style direct, mais elles ne réfèrent pas à un acte de communication vraiment réalisé".

Dans la presse, on distingue la citation directe par les guillemets (doubles) et les italiques en français, seulement par les guillemets (simples) en anglais (Monville-Burston 1993 : 48 ; Rosier 1999 : 208-209 ; Waugh 1995 : 138-139). Dans nos titres se trouvent aussi des citations sans guillemets (78, 80), ou sans italiques (76,77). L’attribution de la citation est souvent marquée par le nom suivi d’un deux-points (76, 80), mais se voient également l’attribution qui suit la citation (78), les citations sans attribution (83), et les citations partiellement directes/partiellement indirectes (81,82). Voici nos exemples, et un exemple (83) de Crystal, qui montre un cas de mouture et souligne une incertitude dans la grammaire anglaise :

75. "Dans ce métier, tout est bidon" (Aujourd’hui en France)

76. Séguin : "une élection n’est pas un pari" (Le Figaro)

77. Charles Pasqua affirme qu’il "ne rentrera pas" au RPR (Le Monde)

78. Think family, not sex, says the Cardinal (Daily Mail)

79. Head’s ‘sorry’ to gays (The Sun)

80. Carol: I’m no fraud (The Sun)

81. Steps: We were told we had won gong

[Chapeau : Pop idols Steps were told just days before the Brit Awards that they had scooped the Best Newcomer gong, it was revealed last night.] (The Sun)

82. Blair’s ‘wasting billions on Euro propaganda’

[Sous-titre : Warning by business chiefs ] (The Sun)

83. a) ‘I shall have to live with it’ (Daily Star)

b) ‘I will have to live with it’ (The Sun)

(Deux titres qui sont parus le même jour en 1985, citant la même personne. Exemple de Crystal 1988 : 24)

Quant aux verba dicendi (terme employé et défini par Monville-Burston 1993 : 49-50, et par Rosier 1999), il est clair que certains verbes sont plus fréquents que d’autres. Le verbe le plus fréquent pour Monville-Burston (1993 : 52) est dire à 13.5%. Dans notre corpus, qui ne contient que des titres, il y a moins d’exemples (voir 28, 57, 77, 78, 81). Nous avons trouvé des exemples de dire (2), prêcher (1), annoncer (1) et affirmer (1) en français; de say (5), tell (3), urge (1), insist (1), question (1), claim (1) en anglais.

Monville-Burston et Waugh (1998) s’intéressent surtout aux verbes à fonction de clarification, tels préciser et souligner , qu’elles contrastent avec les verbes d’exposition, tels affirmer, annoncer et déclarer, qui permettent aux journalistes d’éviter la répétition de dire. Nous voyons pourtant que dans les titres, say et dire restent les plus fréquents : le titre est dans une position d’exposition plutôt que de clarification.

Bien que dans les textes les verba dicendi soient souvent au passé composé et à l’imparfait (Facques 1999), nous avons trouvé surtout les verbes au présent dans les titres (voir nos commentaires sur le présent plus haut, 2.2.5) : 100% au présent pour les titres britanniques ; 60% pour les titres français.

Conclusion

Le but de cet article était de comparer la structure des syntagmes dans les titres de journaux français et britanniques. Notre analyse du syntagme verbal (voir les tableaux 2 et 3) montre qu’il n’y a pas de différence qualité/populaire pour la rubrique ‘sans verbe conjugué’, ni dans la presse française pour les temps du verbe. Dans la presse britannique pourtant, on note une préférence pour le présent dans la presse de qualité, et des fréquences plus élévées pour le simple past et l’impératif dans la presse populaire. En effet, nous avons constaté que l’emploi de l’impératif fait partie du style prototypique des journaux populaires tel The Sun (2.2.4).

Pourtant nos tableaux montrent des différences importantes quant à l’emploi des temps dans les deux langues: il y a une préférence dans les titres anglais pour le présent et le simple past, et dans les titres français pour les phrases sans verbe conjugué ou au futur (2.2.5).

Notre approche qualitative a souligné le style typiquement "nominal" des journaux britanniques, caractérisé par des syntagmes nominaux lourds et l’omission de l’article. L’illusion d’oralité dans la presse populaire vient surtout de l’emploi des citations directes et indirectes.

La comparaison des tableaux et des exemples ci-dessus nous mène à proposer la représentation suivante. En effet, on pourrait exprimer le degré de variation de la norme syntaxique dans nos quatre sous-genres de journaux au moyen de flèches, qui de gauche à droite vont de la syntaxe standard à une syntaxe non standard :

journaux français de qualité > journaux britanniques de qualité > journaux populaires français > journaux populaires britanniques

Malgré les différentes positions sur le continuum ci-dessus, nous avons vu qu’il y a une syntaxe particulièrement adaptée aux exigences du titre, qui constitue en effet l’élément prototypique du langage journalistique. Le besoin de brièveté se manifeste dans l’omission (de la copule, de l’auxiliaire, de l’article), et dans la concentration de l’information ( à travers l’emploi de syntagmes nominaux "lourds", de la nominalisation, et d’un temps multifonctionnel, tel le présent). Le besoin d’accrocher le regard se manifeste dans la simplicité de formes (l’emploi de l’aspect simple, du présent simple, de l’infinitif, des structures parallèles).

Bien sûr, il reste du travail à faire dans ce domaine. Nos références bibliographiques indiquent la rareté d’analyses comparatives, aussi bien sur le plan sociologique (presse de qualité/ presse populaire) que sur le plan linguistique (entre les langues et les variétés de langue, p.ex. l’anglais et le français, en Europe et en Amérique du Nord). Egalement, il faudrait faire des études plus approfondies sur le lexique des titres, et sur les liens entre le langage des titres et le discours oral et écrit.

Néanmoins, notre enquête nous permet de conclure que le titre remplit sa fonction d’influer sur le choix de lecture par le remaniement de la langue selon des conventions typographiques et syntaxiques très limitées.

APPENDICES

Tableau 1: Le corpus

Journaux français

plein format

demi-format

19.2.99

Le Monde

France-Soir

20.2.99 (&21.2.99)

Le Figaro

Aujourd’hui en France

Journaux britanniques

 

 

19.2.99

The Guardian

Daily Mail

20.2.99

The Independent

The Sun

 

Tableau 2: les temps dans la presse française

Temps

Le Monde

France-Soir

Le Figaro

Aujourd’hui

présent

46 (=31.7%)

22 (=20.6%)

29 (=18.2%)

28 (=26.9%)

futur proche

1

0

0

1

futur

4

3

0

5

passé comp.

2

1

1

3

imparfait

1

2

1

2

passé simple

1

0

0

1

plusq.parfait

0

0

0

0

conditionnel

1

0

0

0

cond. parfait

0

0

1

0

subjonctif pr.

0

0

1

0

impératif

0

0

1

1

sans verbe fini

89 (=61.4%)

79 (=73.8%)

125 (=78.6%)

63 (=60.6%)

 

Tableau 3: les temps dans la presse britannique

Temps

Guardian

Daily Mail

Independent

Sun

simple pres.

39 (=51.3%)

40 (=35.1%)

55 (=46.6%)

43 (=40.9%)

progr. Pres

0

1

0

3

Future

0

2

0

2

pres.perf.

0

3

0

3

simple past

0

7

4

4

progr.past

0

0

0

1

Pluperfect

0

0

0

1

modal*

1

3

0

0

Imperative

3

3

4

8

sans verbe fini

33 (=43.4%)

55 (=48.2%)

55 (=46.6%)

40 (=38.1%)

* = would, should, could.

Tableau 4: Enquête sur l’omission de la copule/l’auxiliaire

6 francophones

est/sont

autre présent

autre forme

ex.3 copule

4

1

1

ex.4 copule

4

1

1

ex.7 copule

1

3

2

ex.8 copule

3

2

1

ex.10 aux. pass.

5

0

1

ex. 11 aux. pass.

3

0

3

9 anglophones

is/are

autre présent

autre forme

ex.5 copule

5

4

0

ex.6 copule

3

5

1

ex.9 copule

7

1

1

ex.12 aux.pass.

9

0

0

ex.13 aux.pass.

9

0

0

ex.14 aux.pass.

7

0

2

ex.15 aux.prog.

7

2

0

ex.16 aux. prog.

8

1

0

 

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