Les mythes professionnels actuels des journalistes français

[Current Occupational Myths of French Journalists]

par Jacques Le Bohec

Département Humanités
UTBM - Site Sévenans
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Email : jacques.le-bohec@utbm.fr

« Il y a un décalage entre l'image que les gens ont de vous et la façon dont... enfin, dont ça se passe réellement. Parce que je crois qu'il y a toujours ce cliché du journaliste reporter qui court partout... qui voyage... qui rencontre plein de gens... qui écrit. Il y a un mythe quand même, le mythe est toujours très fort, très vivant » (Agnès)1 .

« Cette chasse aux mythes, la dénonciation comme non fondés dans les faits des mythes véhiculant des représentations : voilà la tâche des sciences... », Norbert Elias2.

Au premier abord, parler de mythes à propos des journalistes français peut paraître incongru et déplacé. Le sens commun ne nous convie-t-il pas à employer cette notion pour décrire uniquement des populations primitives, archaïques, ignorantes, vivant dans un recoin de l'Antiquité ou une contrée perdue du Tiers Monde ? Ne s'agit-il pas en effet d'une catégorie d'individus dotés d'un grand prestige, d'un niveau scolaire et d'une origine sociale plus élevés que la moyenne, et à laquelle on prête habituellement la capacité de dire la vérité sur ses propres pratiques ? En outre, vu qu'ils diffusent une grande quantité de nouvelles, les journalistes apparaissent immédiatement comme savants et compétents. Comment peut-on, dans ces conditions, persister dans l'idée saugrenue qu'ils adhèrent à des mythes, concernant leur propre milieu professionnel qui plus est, alors qu'ils sont censés mieux le connaître que tout autre puisqu'ils y évoluent quotidiennement ? C'est pourtant ce défi au sens commun que nous avons tenté de relever dans un ouvrage récent3.

1. Précisions concernant la démarche adoptée

Commençons par mettre en évidence certaines caractéristiques de la démarche adoptée pour cette étude, augurée lors de la préparation d'un cours, à partir de connaissances éparses en matière de journalisme. L'un des aspects du travail de rédaction a consisté à rassembler des analyses déjà effectuées par les chercheurs autour d'une piste de réflexion particulière. La dimension novatrice vient moins de la découverte de savoirs nouveaux que du fil choisi pour enfiler les perles déjà constituées :

* On ne s'intéresse ici qu'aux mythes professionnels, c'est-à-dire ceux qui concernent le milieu professionnel des journalistes, à l'exclusion par conséquent des mythes externes produits à propos du reste de la réalité sociale, autre sujet passionnant.

* On étudie à la fois les représentations des acteurs mais aussi leurs pratiques professionnelles, les deux aspects ne devant pas être séparés ni conçus comme exclusifs car faisant partie intégrante de la réalité sociale.

* Le propos vise à mettre en évidence un écart dont sont conscients une partie des journalistes entre les images sociales dominantes du journalisme en France et les pratiques professionnelles observables.

* Tous les journalistes n'adhèrent pas aveuglément à ces mythes professionnels : les degrés de croyance sont variables, allant de l'adhésion sans réserve à la mise en cause interne, parfois très virulente.

* Les mythes professionnels qui ont été repérés ne sont pas nécessairement cohérents entre eux ; les journalistes ne sont en effet pas toujours d'accord sur la définition de leur profession et défendent parfois des conceptions divergentes.

* La mise au jour de mythes internes au journalisme français ne signifie pas que toutes les représentations de tous les journalistes sont infondées ; on constate seulement que ces mythes tendent à saturer la vision officielle qui est diffusée.

* Le regard s'est concentré sur la situation française, excluant par là même l'évocation de mythes propres aux journalismes étrangers (comme « Fleet Street » et « Auntie Beeb » en Angleterre, par exemple).

Mais au fait, qu'est-ce qu'un mythe ? Le dictionnaire courant renvoie le curieux à plusieurs définitions. C'est d'abord un « récit fabuleux, souvent d'origine populaire, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine » (petit Robert). Cette acception semble proche de l'étymologie (récit, fable), mais c'est la seconde définition qui est la plus opératoire pour ce qui nous occupe ici : « Image simplifiée, souvent illusoire, que des groupes humains élaborent ou acceptent au sujet d'un individu ou d'un fait qui joue un rôle déterminant dans leur comportement ou leur appréciation » (petit Robert). On se propose d'en déduire une signification adaptée à la réflexion présente ; le mythe professionnel tel que nous l'avons analysé se décline dès lors en trois dimensions majeures :

1. une image simpliste et illusoire
2. l'adhésion à cette image fausse
3. l'utilité sociale de cette vision

On en déduira concrètement trois postulats qui, au vu des données recueillies, sont validés :

- les journalistes français croient vraies des choses fausses ;
- ces croyances erronées sont partagées par tout ou partie du groupe ;
- elles affectent leurs façons de faire et de penser.

J.-M. Charon abonde : « Tel est le point de départ de cette enquête sur une profession d'autant plus mythifiée qu'elle est méconnue »4. La représentation théâtralisée des journalistes dans les films de cinéma ou de télévision nous rapproche bien des fois de la première définition (récit fabuleux, épique). Il s'agit donc d'explorer ici la « légère discordance »5 qui existe entre la représentation officielle et la réalité des pratiques : « Cette représentation est idéologique, elle constitue des modèles, relativement indépendants de la réalité et nécessairement fondés en celle-ci, qui concourent à construire la légitimité sociale du journalisme, à l'inscrire dans un corps de rôles, plus ou moins effectifs », affirme également D. Ruellan6.

Avec ces représentations illusoires, le chercheur est donc confronté à véritables prénotions au sens durkheimien, qui trouvent leur justification dans l'utilité sociale qu'elles remplissent et non pas dans la justesse empirique. Les mythes « déontologie » et « autocritique » se justifient quand on sait que les débats éthiques entre journalistes ont la double fonction de laisser croire que l'attribution de la carte de presse se fait sur une base morale et d'exclure tous les non-journalistes des débats. Derrière les apparences de l'enjeu d'une régulation morale de l'univers journalistique se cache donc un autre enjeu, celui de la délimitation dedans/dehors des agents sociaux habilités à se disputer. Or, dans l'inconscient collectif des journalistes français, seul un confrère, un « professionnel de la profession » est crédible et légitime, rejetant hors du jeu les savants qui ne célèbrent pas leurs mythes.

De plus, de nombreux citoyens croient à tort que le milieu journalistique français est régulé par l'application d'une charte de déontologie, à l'instar des professions dites libérales (le serment d'Hippocrate pour les médecins, par exemple), d'où l'intérêt d'un ouvrage de facture pédagogique et sociologique sur le sujet. Mais il n'y a pas, en France, d'instance chargée de juger de la qualité professionnelle des détenteurs de carte de presse, contrairement à l'Italie, qui dispose d'un Ordre professionnel hérité du ventennio mussolinien et de l'idéologie corporatiste. Un journaliste comme Edwy Plenel, actuel rédacteur-en-chef du quotidien Le Monde, combat avec fermeté une telle éventualité au nom des risques liberticides qui lui sont attachés. Le problème, c'est que la mise à l'écart définitive de la solution de l'Ordre rassure les journalistes dominants sur leur indépendance alors que l'absence d'autorégulation ouvre de nombreuses voies à l'exorégulation par les lois du marché et les normes de droit (qu'elles soient décidées par les gouvernants ou qu'il s'agisse de la jurisprudence des tribunaux).

2. Une rapide définition de chaque mythe professionnel

Entreprenons maintenant de définir avec concision tous ces mythes professionnels ; les mots-clés mis en avant pour les résumer et former les entrées du dictionnaire ne sont en effet pas toujours suffisamment explicites :

1. ABATTEMENT FISCAL : idée que l'abattement fiscal supplémentaire de 30% appliqué aux journalistes faisait partie du statut professionnel (en cours de suppression) alors qu'il s'agissait d'une mesure salariale conjoncturelle.

2. ANASTASIE : une grande partie des préoccupations des journalistes à propos de la censure se focalise sur la pression venant de l'extérieur des rédactions ; pourtant, la majorité des contraintes sont retraduites par des routines et des croyances.

3. ANTI-TRUST : dispositions juridiques censées assurer le pluralisme dans la presse grâce à des mesures anticoncentration qui s'avèrent en fait lacunaires et détournées au nom de la nécessaire puissance des groupes de presse français dans le contexte international.

4. AUDIENCE=INFLUENCE : idée que plus un produit journalistique touche un public étendu plus il influence les consciences et les opinions et devient donc puissant, ce qui avalise une vision fausse de médias dotés d'un impact persuasif.

5. AUTOCRITIQUE : les périodes d'autocritique auxquelles s'adonnent certains journalistes lors des mises en cause à l'encontre de « dérives » donnent (à tort) l'impression d'une absence de concessions mutuelles et d'une purge définitive des causes.

6. CLAUSE DE CONSCIENCE : la présence d'une clause dite de conscience (ou de cession) inscrite dans la convention collective des journalistes leur laissent penser que leur liberté de pensée est garantie.

7. CONSCIENCE : plutôt que de se référer à une charte de déontologie, l'une des réactions journalistiques habituelles consiste à faire appel à la notion de conscience individuelle qui exclut la prégnance des contraintes mentales et sociales.

8. CORRESPONDANTS LOCAUX : les 3/4 des rédacteurs que les entreprises de presse écrite de province emploient n'ont pas la carte de presse et sont censés n'être que des rabatteurs d'informations pour les journalistes.

9. CRISE DE LA PRESSE : idée que la presse écrite connaît depuis le début des années 1980 une crise économique qui la menace, stratégie misérabiliste destinée à justifier les aides de l'Etat.

10. DEONTOLOGIE : la régularité quasi-cyclique des discussions d'ordre déontologique parmi les journalistes dominants est suspecte à plusieurs niveaux : elles forment un écran de fumée supplémentaire et laisse croire en une auto-régulation morale.

11. DONNER LA PAROLE : idée que les journalistes, dans certains formats (courrier des lecteurs, émissions call-in à la radio, émission forum à la télévision, talk shows...), donnent la parole librement et sans critères de sélection.

12. ECOLE=CHOMAGE : nombre de journalistes, en se basant sur le cas des écoles de journalisme spécialisées, estiment que le contenu des formations conduit au chômage, alors que cela vient de l'absence de conditions de diplômes au recrutement.

13. EXPLOIT QUOTIDIEN : tendance à magnifier considérablement et naïvement les actions destinées à fabriquer et diffuser les produits journalistiques : rythme décalé, flux tendu, émerveillement technologique...

14. EXTERIORITE : croyance que les journalistes, parce qu'ils revendiquent une position rhétorique d'observateur et narrateur par rapport aux événements, sont réellement extérieurs aux événements et ne participent pas à la réalité sociale.

15. FAITS/COMMENTAIRE : principe privilégié par certaines rédactions consistant à distinguer les faits (supposés bruts et purs, donc objectifs) des commentaires (nécessairement subjectifs), qui néglige les critères de hiérarchisation des informations.

16. FONCTION PEDAGOGIQUE : prétention de certains journalistes définissant leur travail comme un devoir didactique à l'égard des consommateurs d'informations, ce que leur formation et les contraintes qui pèsent ne leur permettent guère de réussir.

17. FORMATION : contrairement à ce que laissent penser de nombreuses allusions chez les journalistes, il n'existe pas, en France, de formation spécialisée obligatoire pour devenir journaliste ; les écoles de ce type ne forment qu'une minorité.

18. GRAND REPORTER : vision ultra-classique du journaliste comme un reporter qui se déplace par monts et par vaux dans le monde entier, proche de l'actualité « chaude », alors que la grande majorité des journalistes est plutôt sédentaire.

19. HUMANISME : revendication pharisaïque de certains patrons de presse d'obédience catholique (notamment à Ouest-France) destinée à expliquer l'acceptation des lois du marché par la défense d'objectifs vertueux (et non l'inverse).

20. IMAGE/ECRIT : mise en opposition caricaturale des médias écrits aux médias « audiovisuels » autour d'une assimilation de la forme iconographique à l'émotion et au spectaculaire et de la forme écrite à la réflexion et à l'analyse.

21. JARGON : reproche fréquent adressé par les journalistes aux travaux universitaires qui fait la part belle aux critères esthétiques liés à la contrainte commerciale sur les journaux et qui oublie l'existence d'un langage sectoriel propre aux journalistes.

22. JOURNALISME : alors que les vocables « journaliste » et « journalisme » sont couramment utilisés, il s'avère qu'il est impossible de leur accorder un contenu sémantique autre que tautologique.

23. LIBERTE DE LA PRESSE : la glorification du principe de liberté de presse tend à occulter la diversité des significations du terme « liberté » ainsi que les formes de limitations autres que l'usage de la violence physique.

24. MADAME MICHU : c'est le nom au lecteur, auditeur ou téléspectateur « moyen » au sein des rédactions ; vu comme particulièrement ignare, il est imaginaire et imaginé pour justifier des choix rédactions contraints commercialement.

25. MEDIACRATIE : selon certains journalistes spécialisés dans la politique, les médias électroniques, et singulièrement la télévision, seraient capables de participer de façon déterminante à la sélection du personnel politique de premier rang.

26. MIROIR : le contenu des messages journalistiques serait le simple reflet de la réalité, ce qui néglige une quantité de phénomènes (loi de proximité, diversité des journaux...), dont la présence des médias dans la réalité n'est pas le moindre.

27. OBJECTIVITE : la notion d'objectivité prête à confusion car elle jette le bébé avec l'eau du bain, c'est-à-dire le constat d'une impossibilité à être objectif pour les journalistes avec un rejet obligatoire de cette ambition par les chercheurs.

28. OMBUDSMAN : l'importation de l'institution de l'ombudsman en France dans certaines rédactions se base et entretient une multitude malentendus, notamment avec l'idée qu'un tel « médiateur » devrait être indépendant de la rédaction.

29. OPINION PUBLIQUE : il est classique que les journalistes correspondants à l'étranger, pour décrire « l'opinion publique » du pays qu'ils couvrent, estiment que celle-ci peut être à bon droit être repérée dans les éditoriaux de ses confrères.

30. OUVERTURE : la profession journalistique en France est déclarée « ouverte » parce qu'aucune barrière ni critère n'existe pour y entrer, ce qui laisse penser que tout le monde peut embrasser la carrière et occulte aussi l'ouverture à la sortie...

31. PERISSABLES INFORMATIONS : les informations seraient dotées d'un contenu ontologique vaporeux ; elles seraient périssables et propres à s'évaporer d'elles-mêmes, oubliant que c'est le contexte de concurrence qui les rend obsolètes.

32. PLURALISME : le principe de pluralisme est récurrent dans les débats sur le journalisme, mais il est assimilé au constat d'une pluralité des titres ; or ce n'est pas parce qu'il y a diversité de l'offre qu'il y a pluralisme dans les lignes éditoriales.

33. PRESSE NATIONALE : la notion de « presse nationale » sert à décrire l'état du marché de la presse écrite en France, mais elle isole artificiellement l'économie de ces journaux de la presse quotidienne régionale.

34. PROFESSIONNALISME : malgré les allusions fréquentes à cette notion dans le milieu, il est impossible de trouver un savoir-faire commun à tous les journalistes qui permettraient d'expliquer leur appartenance à un même groupe professionnel.

35. PUBLI-REPORTAGE : le terme de « publi-reportage » vise à repérer les publicités qui se déguisent sous la forme d'un article de presse ; il laisse penser qu'en l'absence de toute mention, les articles ne font pas la promotion d'une marque ou d'un produit.

36. ROLE DEMOCRATIQUE : la revendication pour les journalistes de remplir un « rôle démocratique » s'inscrit dans une quête de légitimité et dans la rationalisation a posteriori des rapports de forces avec les acteurs politiques.

37. SCOOP : la publication d'une information exclusive (dite « scoop ») est considérée par la plupart des journalistes comme un critère d'excellence professionnelle et personnelle alors qu'elle s'explique avant tout par la pression commerciale.

38. SELECTION : bien qu'une des maximes du journalisme français soit « informer, c'est choisir », les circonstances d'un réel tri totalement libre parmi des informations pléthoriques restent beaucoup plus rares qu'on veut bien le dire.

39. SOCIETE DE COMMUNICATION : les journalistes ont tendance à adhérer, avec certains savants, au mythe selon lequel, grâce aux nouvelles technologies, nous serions en train d'entrer dans une société plus égalitaire car interactive et réticulaire.

40. SONDAGE : les agrégats statistiques fabriqués par les instituts de sondage commerciaux font désormais partie des données considérées comme objectives par les journalistes à propos des phénomènes sociaux malgré leurs nombreuses limites techniques.

41. TRANSPARENCE : de façon paradoxale, les journalistes mettent en avant le critère de la transparence de leurs sources d'informations comme critère moderne et démocratique alors que le milieu de la presse est lui-même très réticent aux regards extérieurs.

42. URGENCE : l'impératif de l'urgence qui pousse les journalistes à mettre l'accent sur la circulation rapide des informations et l'exigence technique d'être très bref dans ses interventions est bizarrement attribué aux informations elles-mêmes.

43. VENTE A PERTE : une théorie étrange est soutenue à propos de l'économie de la presse écrite, les journaux inclus seraient en effet vendus à perte et seule la publicité permettrait in extremis d'éviter qu'ils coulent.

44. WATERGATE : le scandale du Watergate est instrumentalisé par de nombreux journalistes pour défendre l'idée que des journalistes ont réussi à faire chuter à eux seuls le président des Etats-Unis, ce qui est faux.

On peut ajouter que le livre des possibilités d'utilisation pédagogique. Il permet de prendre connaissance des pratiques et des représentations journalistiques tout en offrant un support pour travailler en classe à partir d'une des notices du dictionnaire. En essayant d'éviter pesanteurs et redondances, on a également essayé de rendre autonome chaque notice. La longueur s'explique par le souci de rentrer dans les détails, d'apporter les éléments de preuve et de clarifier la pensée afin d'éviter les malentendus, de rendre la lecture vivante par de multiples citations. Les enseignants du secondaire et du supérieur pourront disposer ainsi, il me semble, d'une grille d'analyse susceptible de s'appliquer à des études de documents précis.

3. Un classement rudimentaire de ces mythes

Plutôt que d'en rester à cette simple et fastidieuse énumération, il paraît opportun de tenter d'organiser ces mythes professionnels. C'est pourquoi il a paru intéressant de les classer en plusieurs catégories. Le critère choisi, à savoir la dimension principale qui caractérise chaque mythe, n'est sans doute pas le seul possible, ni même peut-être le plus pertinent. C'est dire que le tableau élaboré n'a qu'une vocation illustrative et non démonstrative :

économie

utilité sociale

savoir-faire

identité

milieu

abattement fiscal

fonction pédagogique

donner la parole

anastasie

correspond. locaux

anti-trust

audience=influence

exploit quotidien

autocritique

école=chômage

crise de la presse

humanisme

faits/commen-taire

clause de conscience

formation

périssables infos

jargon

grand reporter

conscience

journalisme

pluralisme

médiacratie

image/écrit

déontologie

ombudsman

presse nationale

miroir

Mme Michu

extériorité

opinion publique

publi-reportage

rôle démocratique

Profession-nalisme

liberté de la presse

ouverture

vente à perte

watergate

scoop

objectivité

sondage

 

 

sélection

société de communic.

transparence

 

 

urgence

 

 

Table 1: Les mythes professionnels classés en fonction de la dimension principale

Il convient de noter par ailleurs que l'état des lieux présenté dans le livre reflète aussi l'état des lieux de la recherche sur le journalisme. Il n'est pas impossible que l'on puisse ajouter d'autres mythes professionnels en étudiant la même période. On aurait pu, si nous n'avions pas choisi de l'intégrer dans le mythe « urgence », mettre en avant un mythe « technicité ». Si l'ouvrage était paru un peu plus tard, j'aurais également pu ajouter le mythe « investigation » à partir de l'article de D. Marchetti publié dans le dernier numéro des Actes de la Recherche en Sciences Sociales (numéro thématique intitulé « Le journalisme à l'économie »)7. Si certaines remarques sont présentes dans le livre, certains autres aspects auraient pu être regroupés pour ce 45ème mythe professionnel. Rétrospectivement, on aurait pu également ajouter un autre mythe (46ème), celui du journalisme auteur individuel (avec « Auteur » comme mot-clé), qui correspond à la tradition littéraire en vogue au XIXème, mais qui est en net décalage avec les conditions actuelles de la publication d'un article, dont la dimension collective contredit cette représentation valorisante : division des tâches, dont l'habillage ; présence d'illustrations iconographiques ; multiples réécritures du texte avant la version finale ; consignes internes des supérieurs aux subalternes ; etc.. On voit clairement ce mythe à travers les négociations actuelles entre syndicats et patrons de presse au sujet des droits d'auteur revendiqués par les journalistes pour les textes consultables sur internet8.

Comme il a été indiqué, ces mythes professionnels peuvent être opposés les uns aux autres par les journalistes. En effet, toutes les conceptions ne convergent pas et des luttes de définition ont lieu régulièrement dans le champ de la presse. C'est pourquoi il convient de manier avec prudence les expressions « mythologie » et « idéologie » professionnelles. Le mythe « fonction pédagogique », s'il en phase avec « Mme Michu », s'oppose aux mythes « urgence » et « scoop ». Il a conduit les journalistes politiques, à propos du phénomène Le Pen, à consacrer de nombreux articles et ouvrages sur le sujet, afin de montrer aux électeurs combien le Front national était un parti dangereux pour la démocratie. Ce faisant, la posture pédagogique adoptée a pu se retourner contre les bonnes intentions affichées, à savoir remarginaliser ce parti classé à l'extrême-droite. Du point de vue des électeurs de Le Pen, cela a été interprété comme une infantilisation, sur le mode de « on va vous dire ce qu'est vraiment le FN pour que vous ne revotiez plus pour lui ».

Par ailleurs, le mythe « Liberté de la presse » s'oppose à celui de « Objectivité » (au sens de neutralité). Ces oppositions peuvent donner l'impression d'une absence d'unité parmi les journalistes. Mais il faut considérer que ces divergences de vues concourent à structurer symboliquement le groupe professionnel. Elles constituent des enjeux discutés en interne et, par conséquent, participent à la délimitation des frontières du groupe. Les controverses virulentes qui les opposent ont surtout pour raison d'être de sélectionner les acteurs pertinents autorisés à intervenir dans l'arène. Il faut noter cependant que le mythe « Objectivité » est de plus en plus rejeté par les journalistes placés en situation de porte-parole de leur groupe professionnel. Il est déclaré impossible à atteindre et on lui préfère la notion d'honnêteté vis-à-vis de soi-même et du public. Cette notion est très proche du mythe « Conscience », qui constitue un refuge psychologique et rhétorique pour les journalistes dont les pratiques font l'objet de polémiques. Mettre en cause l'honnêteté, la conscience ou la bonne foi, c'est en effet contester quelque chose d'incontestable et se voir accusé en retour de procès d'intention.

Enfin, le mythe « Objectivité » est instrumentalisé par certaines sources d'informations qui jouent habilement sur la polysémie du terme pour parvenir à leurs fins, et notamment pour empêcher les journalistes de formuler leur opinion ou leur commentaire personnel. Pour les journalistes, le mythe est souvent atteint dès lors qu'ils donnent la parole de façon équilibrée à des avis contraires (du genre un de gauche et un de droite), ce qui est une manière minimaliste de définir la notion. En fait, Christine Masuy a montré comment, au siècle dernier (XIXème...), les journalistes de l'époque ont adopté cette notion afin (1) de transfigurer la contrainte commerciale (ratisser large en s'éloignant du modèle organe de parti) et (2) de refléter le mouvement intellectuel favorable à un point de vue scientifique sur les faits sociaux de toutes natures9.

4. L'utilité sociale de ces mythes professionnels

Les mythes professionnels des journalistes ne sont pas des aspects inutiles et contingents dans la définition de leur identité collective, la consolidation de leur prestige social et la défense de leur corporation. Ils ne sont pas extérieurs et en marge des formes de leur existence sociale, mais au contraire une partie intégrante et primordiale. Ils viennent en réalité compenser le déficit d'objectivation sociale du groupe professionnel et lui fournir une plus-value de substance, de caractère symbolique, indispensable compte tenu des tensions centrifuges, du flou des frontières avec d'autres univers sociaux et de l'hétéronomie du champ journalistique. Comme l'indique Michael Schudson, « les mythes peuvent eux-mêmes devenir une partie de l'appareil institutionnel du journalisme »10.

Ces mythes s'imposent aussi aux journalistes de l'extérieur, comme toute institution, et ils doivent faire avec, tant bien que mal : « Les institutions sont vécues en tant que détentrices d'une réalité propre, une réalité qui affronte l'individu comme un fait extérieur et coercitif », assurent Peter Berger et Thomas Luckmann11. Ces auteurs indiquent aussi : « La connaissance fondamentale de l'ordre institutionnel est une connaissance pré-théorique. Elle est la somme totale de ce que tout le monde sait sur le monde social, un assemblage de maximes, de sagesse proverbiale, de valeurs et de croyances, de mythes, etc. »12. Ils constituent des contraintes et sont imposées sous la forme de routines, de réflexes incorporés, de maximes.

* les choses sont simples et on peut/doit les dire simplement ;
* le journaliste doit s'effacer derrière ses sources car tous les points de vue sont dans la nature, déjà formulés par les porte-parole autorisés ;
* pour faire un bon journal, encore faut-il que l'information ait du talent (poncif des responsables de l'information de TF1 et de France2) ;
* on n'est pas obligé d'être long pour être bon (dixit Daniel Bilalian, s'essayant à gérer une intervention de quatre hommes politiques dans un temps limité) ;
* il faut être simple pour notre public (Philippe Harrouard) ;
* il faut « raconter une histoire » (en focalisant le regard sur un individu) ;
* « un journaliste ne doit pas compter son temps » (Jean-Louis), ou encore qu'on est « journaliste 24 h./24 et pas fonctionnaire (sic) » ;
* le journaliste de télévision doit illustrer son reportage par des images car c'est le media qui veut ça ;
* « un livre, une chronique ou une émission de télévision laisse tout transparaître aux lecteurs ou aux téléspectateurs de la personnalité profonde de leur auteur » (D. Schneidermann) ; « Elle a plutôt le statut d'une conviction du sens commun : il serait possible de découvrir l'âme de la personne en la regardant au fond des yeux », estime J.-P. Esquenazi à propos des émissions « Psy-show » et « Questions à domicile »
13.
* les journalistes sont au service des lecteurs, ce qui se combine avec l'attachement démocratique et populaire de la profession journalistique : « Toujours cette obsession d'aller vers le public plutôt que de le laisser faire l'effort de venir à nous » (D. Schneidermann) ;
* « Tout article de sept ou huit feuillets peut au fond se réduire à un seul » (D. Schneidermann) ;
* « Quand vous faites court, vous devez aller à l'essentiel » (I. Levaï).

Les mythes professionnels auxquels adhèrent les journalistes français participent pleinement à la construction sociale de leur identité collective et personnelle : « Cette identité recomposée comporte une part essentielle de réalité. Mais elle est aussi faite de dimensions mythiques, c'est-à-dire de représentations exorbitantes des rôles et des qualités du journalisme qui, malgré l'exagération, sont passées au rang de certitudes, de vérités, de visions partagées », affirme Denis Ruellan. P. Bourdieu estime aussi : « La représentation (mentale) que le groupe se fait de lui-même ne peut se perpétuer que dans et par le travail incessant de représentation (théâtrale) par lequel les agents produisent et reproduisent, fût-ce dans et par la fiction, l'apparence au moins de la conformité à la vérité idéale du groupe »14.

Dans un contexte de spécialisation des tâches, l'émergence du journalisme comme entité socioprofessionnelle autonome est accompagnée d'un corps de mythes dont les contradictions internes reflètent le flou professionnel. C'est le fait qu'ils soient spécifiques au champ de la presse qui importe alors, dans le cadre d'une société fortement différenciée socialement, c'est-à-dire segmentée en divers champs sociaux relativement autonomes mais interdépendants. Il n'est guère surprenant que ce phénomène de division croissante du travail social aille de pair avec l'élaboration de mythes particuliers à certains secteurs et l'atténuation concomitante des mythes englobant la société dans son ensemble (voir les mythologies antiques ou nationales).

Cela s'explique en partie par le fait que les mythes professionnels comblent des lacunes, diminuent l'incertitude sur le monde social et fournissent des points de repères internes valorisants auxquels les journalistes peuvent se raccrocher et se rassurer. N. Elias a indiqué qu'« on relève la tendance à recourir à des systèmes de croyances et à des idéaux sociaux - eux aussi relativement impersonnels, mais plus chargés d'affectivité - pour s'orienter au sein de ces phénomènes sociaux peu transparents »15. S'inspirant de Bacon, E. Durkheim estimait : « Ce sont des "idola", sortes de fantômes qui nous défigurent le véritable aspect des choses et que nous prenons pourtant pour les choses mêmes »16. Ce constat s'explique par la difficulté d'avoir une vision claire des choses en raison de l'état actuel des connaissances, de l'ignorance des acquis scientifiques, des intérêts sociaux en jeu et de la complexité sociale à déchiffrer et défricher. Ces mythes professionnels sont donc ces sortes de prénotions: « Elles sont [les prénotions] comme un voile qui s'interpose entre les choses et nous et qui nous les masque d'autant mieux qu'on le croit plus transparent », indiquait Durkheim17.

Un autre facteur explicatif à ces mythes professionnels réside dans la fragilité structurelle du groupe professionnel à cause de l'absence de contreparties exigées des journalistes : patente, diplôme, concours, éthique. Cette situation les oblige à investir intensément dans des représentations idéales susceptibles de compenser ces incertitudes collectives. A cette aune, l'autojustification permanente s'avère indispensable. Patrick Le Floc'h remarque lui aussi la faiblesse des contreparties matérielles exigées par l'Etat à l'égard des entreprises de presse écrite : « En contrepartie des avantages accordés aux entreprises de presse, les devoirs des journaux ne paraissent pas exorbitants »18. La nécessité de forger et de défendre un ensemble de mythes concernant leur profession s'impose d'autant plus qu'ils doivent justifier d'une manière ou d'une autre le traitement de faveur dont ils bénéficient sur le plan normatif (législatif et réglementaire) : tarifs postaux et téléphoniques préférentiels, subventions pour les journaux à faibles recettes publicitaires, article 39bis du code général des impôts, clauses de conscience et de cession, etc. En fait, il existe bel et bien une contrepartie tacite, mais elle échappe à un économiste normalement constitué car elle est liée à la façon de couvrir l'actualité.

L'élaboration de représentations édulcorées et magnificatrices vient alors opportunément apporter et attribuer un rôle central aux médias (et par ricochet aux journalistes) dans la société française : fonction pédagogique, rôle démocratique, donner la parole, liberté de la presse, médiacratie, humanisme, pluralisme, transparence... Autant de mythes fort utiles. On est donc très loin de la vision des mythes comme symptomatiques des sociétés antiques et archaïques. Ce serait également emprunter une voie sans issue que de penser les mythes professionnels des journalistes comme irrationnels, incompréhensibles, échappant alors à toute tentative analytique. Il est au contraire envisageable de mettre en évidence cette « logique de l'imaginaire » que l'historien Raoul Girardet appelait de ses vœux : « Au-delà de son ambivalence, au-delà de sa fluidité, il existe pourtant ce que l'on est en droit d'appeler une logique - une certaine forme de logique - du discours mythique. Celui-ci ne relève en effet ni de l'imprévu ni de l'arbitraire »19.

Ces représentations, bien qu'illusoires, concourent au fonctionnement du champ de la presse, notamment sous l'angle du recrutement en attirant beaucoup de jeunes fascinés par cette profession idéalisée : « Mais moi, l'idée que j'ai de ce métier, c'est beaucoup plus ce qui se faisait autrefois que ce qui se fait maintenant. (...) - Tu as des modèles, des époques, des journaux, des journalistes ? - Oui mais... bon, moi je sais pas... mais Kessel par exemple, voilà c'est... Albert Londres, même si aujourd'hui on se rend compte qu'il a quand même beaucoup romancé ce qu'il a écrit » (Hélène). Affirmer que « le journalisme fait l'objet de représentations idéalisées et ennoblissantes auxquelles les prétendants au titre sont hautement sensibles » n'est pas un lieu commun vécu comme tel, comme l'avance Georges Abou20. Un regard distancié permet par exemple de voir des journalistes qui « se la jouent », qui « prennent des poses », qui cabotinent, qui jouent un rôle correspondant à l'image mythique qu'ils se font, qui s'« y » croient...

Les nombreuses idées fausses sur le journalisme devraient obliger les écoles spécialisées à commencer par informer les étudiants sur quelques réalités de la profession mais elles tendent au contraire à les entretenir: « Le journalisme était pour moi la concrétisation d'un rêve d'enfant » ; « Ca avait un côté magique, je lisais à l'époque beaucoup Paris-Match, j'admirais les grands reporters ; j'appréciais les événements en tant que tels »21 ; « Je pense que nous subissons tous, journalistes que nous sommes, nous subissons le mensonge d'un modèle qu'on a voulu nous inculquer il y a vingt ans. Et ce modèle, c'est le modèle du journaliste libérateur, le journaliste Zorro qui est un modèle très linéaire finalement (...) Si je devais résumer grossièrement, c'est le fantasme du jeune journaliste qui débute » (Norbert). Trois obstacles tendent à s'opposer à cette information des entrants :

a) seul rêve auquel ils se raccrochent, ils n'ont pas toujours envie qu'on les désenchante en leur révélant certaines réalités cachées ainsi que le caractère mythique de certaines de leurs propres croyances.

b) en passe de quitter le plus vite possible le système scolaire, ils sont réticents aux enseignements non pratiques qui proposent une réflexion sérieuse et dure à digérer sur le champ journalistique.

c) comme il s'agit de former des futurs praticiens, on rechigne à imposer trop d'enseignements « théoriques » qui mettraient à distance les pratiques et les conceptions indigènes (alors qu'il s'agit de les incorporer comme des vérités à prendre ou à laisser).

Les difficultés rencontrées en cours de carrière sont relativisées grâce à la « fraîcheur d'âme » (quasi-synonyme d'innocence enfantine) : « Rares sont ceux qui ont connu très tôt la fascination pour le journalisme, ont conservé cette fraîcheur d'âme, en dépit des revers de fortune. Rares sont ceux qui avouent être aigris, voire désabusés, après vingt ou trente ans de métier. Non pas comblés, mais lucides sur les défauts du milieu avec toujours cette passion chevillée au corps qui vous fait passer outre aux difficultés momentanées », analyse Rémi Rieffel22. Joël Crusson, journaliste chargé de l'éducation, témoigne : « Ce qui me plaît, c'est que j'ai toujours des contacts avec les jeunes. Ça c'est chouette. On ne se voit pas vieillir ». Les mythes professionnels font partie des éléments qui expliquent l'absence de contestation organisée et efficace à l'intérieur du champ de la presse malgré l'augmentation de la précarité des statuts et des rémunérations. Grâce aux profits symboliques qu'ils leur procurent, ils permettent aux dominés de se contenter de leur position subalterne et de plus en plus précaire ainsi que d'oublier leurs déceptions, en attendant mieux.

Enfin, cette construction mythologique du groupe est d'autant plus importante pour le faire exister socialement que les manières d'exercer la « profession » varient énormément. Les mythes participent donc d'un travail collectif d'homogénéisation symbolique du groupe journalistique. De plus, comme les mythes professionnels leur sont socialement utiles, les journalistes dominants n'ont strictement aucun intérêt à les dévoiler. D'une certaine façon, ces mythes professionnels légitiment une domination interne au champ journalistique qui fonctionne à leur profit. Du haut de leur position, ils parviennent aisément à les imposer aux dominés, qui se retrouvent démunis d'instruments intellectuels pour faire face aux consignes et aux verdicts internes aux journaux. Mais au fil du temps, les journalistes dominés finissent par intérioriser ces normes imposées de l'extérieur au départ, en les acceptant comme allant de soi, en les défendant à leur tour et en les imposant aux nouveaux venus. Autrement dit, ils finissent par être convaincus eux-mêmes de leur légitimité. Elles sont devenues incontestables car faisant partie d'eux-mêmes. Cette incorporation des normes est d'ailleurs une condition sine qua non de leur efficacité car elles agissent inconsciemment sous la forme d'un savoir-faire pratique immédiatement opérationnel. C'est le cas par exemple de la réécriture systématique des textes des confrères qui visent à bannir tout ce qui sera jugé trop compliqué pour « Mme Michu », pratique centrale de la formation des écoles de journalisme comme le Centre de Formation des Journalistes (CFJ) de la rue du Louvre à Paris (l'une des deux « grandes » écoles spécialisées).

Conclusion

L'un des principaux obstacles à l'acceptation de cette perspective démystificatrice ne réside-t-il pas avant tout dans la séduction et la simplicité des mythes ? Ils ont l'avantage de donner au moins une idée, même si déformée, propre à satisfaire la curiosité minimale de la plupart des agents sociaux (réduction de l'incertitude). L'approche sociologique, à cet égard, paraît bien grincheuse, triste, grise, dérangeante, inutilement compliquée, bref embêtante. On a tellement envie d'y croire soi-même, de rêver dans ce monde imaginaire disneyisé et rassurant aux couleurs chatoyantes. Car voilà un monde attirant et attrayant qui nous fait participer à une communauté douillette de lieux communs, mais un monde enfantin et infantile.

Notes et références

1. "Agnès" (journaliste anonyme interrogée par G. Balbastre), in A. Accardo (dir.) (1998), Journalistes précaires. Le Mascaret, p. 339.

2. N. Elias (1991), Qu'est-ce que la sociologie ?. Paris: Ed. de l'Aube, p. 58.

3. J. Le Bohec (2000), Les mythes professionnels des journalistes. L'état des lieux en France. Paris: L'Harmattan, coll. Communication et civilisation, 398 pp.

4. J.-M. Charon (1993), Cartes de presse. Enquête sur les journalistes. Paris: Stock, p. 10.

5. R. Rieffel, « Journalistes et intellectuels. Une nouvelle configuration culturelle ? », Réseaux, n° 51, p. 18-19.

6. D. Ruellan (1997), Les "pro" du journalisme. De l'état au statut, la construction d'un espace professionnel. PUR (Coll. Res Publica), p. 127.

7. D. Marchetti (2000), «Les révélations du journalisme d'investigation», Actes de la recherche en sciences sociales, 131/132 (mars), p. 30-40.

8. M. Delberghe (2000), Le Monde, 17 mai 2000.

9. C. Masuy (1997), « De l'objectivisme au conformisme. Sagesse et hasards d'un journalisme subjectif et honnête », MédiasPouvoirs, n° 45.

10. M. Schudson, op. cit., p. 164.

11. P. Berger et T. Luckmann (1992), La construction sociale de la réalité. Méridiens-Klincksieck, p. 84.

12. Idem, p. 93.

13. J.-P. Esquenazi (1999), Télévision et démocratie. La politique à la télévision française : 1958-1990. Paris: PUF (coll. "La politique éclatée"), pp. 328-329.

14. P. Bourdieu (1994), Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action. Paris: Seuil, , p. 236.

15. N. Elias (1991), op. cit., p. 81.

16. E. Durkheim (1937), op. cit., p. 18.

17. E. Durkheim (1937), op. cit., p. 16.

18. P. Le Floc'h (1997), Economie de la presse quotidienne régionale. Déterminants et conséquence de la concentration. Paris: L'Harmattan, p. 61.

19. R. Girardet, op. cit., p. 17.

20. G. Abou, "Précarité et représentation", Journalistes précaires, op. cit., p. 111-112.

21. Journalistes cités dans: IFP (1991), Les journalistes français en 1990. Radiographie d'une profession. Paris: La Documentation française, p. 99.

22. IFP (1991), op. cit., p. 99 (mis en italiques par nous-même).